J'ai découvert il y a peu que je suis une VERITABLE inconnue pour ma famille.
Bon, c'est pas vraiment une grande nouvelle. Dans le genre repliée sur moi-même et mettage de tout le monde à distance, je suis une championne!
Mais là ça m'a fait un choc...
Remise dans le contexte pour ceux qui passent par ici et qui ne me connaissent pas dans la vraie vie.
En gros, on peut dire que l'écriture, c'est ma vie. Pas dans le sens où je suis une fille asociale qui refoule toutes ses pulsions dans l'écriture, et passe toutes ses journées cloîtrée chez elle à taper sur son clavier...
(Quoique...?) Mais dans le sens où je ne vois pas ma vie sans l'écriture. Je le fais depuis, ou presque, qu'on m'a appris à tenir un stylo correctement. Je me revois en CE2, penchée sur mon cahier, à couvrir frénétiquement les pages de mes mots pour un contrôle d'expression écrite pendant lequel tout le monde, la tête dans les nuages, pensait à autre chose en écoutant les mouches voler.
ça a commencé à devenir un loisir en CM1. Pendant que j'étais à l'hôpital, alors que ma camarade de chambre
(Compagne d'infortune? O.o) regardait la télévision, j'ouvrais un cahier et je m'imaginais un autre monde, juste à moi.
Tout ça est devenu encore plus sérieux l'été qui a suivit l'année scolaire de CM2. Elo et moi, allongées sur le transformateur au milieu de nos messages d'amour gravés à la pierre adressés à des garçons oubliés quelques années plus tard (quel souvenir mes amis XD), des feuilles format A4 entre les mains...
-J'ai une idée! Et si on écrivait une histoire sur nous? On se prend les mêmes prénoms et on en fait ce qu'on veut chacune de notre côté!
-Quoi...?
-ça peut être marrant, non?
Réflexion, puis sourire et hochement de tête.
-Ok! Comment tu veux t'appeller?
Quelques mois plus tard, Elo avait abandonné l'affaire, mais moi je m'y accrochais! Le nombre de conneries dans ces histoires... Quand la première a été terminée, Semichan avait rejoint notre petit duo. Alors forcément, je me suis relancée là dedans... Je crois que la seconde a été encore plus débile que la première XD J'y intégrais tous nos délires... Les garçons de la classe... Certaines filles, aussi... Il y a pas longtemps je les ai ressorties, Semichan voulait les relire. On s'est ranchement fendues la gueule!
Ensuite, j'ai continué à écrire de mon côté. Des histoires qui se voulaient sérieuses, mais quand je les relis j''éclate immanquablement de rire!
Déjà, en quatrième, quand on me demandais ce que je voulais faire plus tard, je haussais négligemment les épaules et je répondais avec un sourire désolé "j'en sais rien", sans oser avouer qu'en fait je voulais devenir écrivain.
Ne vis pas de sa plume qui veut... Et puis déjà, à l'époque, j'avais une confiance en moi réduite au niveau de 0, alors forcément, ça n'aide pas.
Cette envie d'écriture a encore augmenté quand mon père est mort. En cinquième. J'ai découvert, par miracle, que le fait de ne pas arriver à en parler pouvait être compenser par une autre façon que d'aller chez le psy. J'écrivais. Peu à peu, mes délires de collégiennes ont muté vers des écrits plus sérieux. J'ai appris toute seule à mieux manier mes mots et mes sentiments. Je me suis cachée entre les lignes, accrochant sur mon visage ce sourire imbécile auquel tout le monde accordait pleine confiance.
Par la suite, cette envie d'écriture a pris des proportions plus qu'innattendues. Dès que je rentrais chez moi, après les cours, si je ne lisais pas j'écrivais. Et si je n'écrivais ni ne lisais, je pensais à ce que j'allais écrire quand je reprendrais mon cahier et mon stylo.
Malice Mizer est entré dans mon univers. Peu à peu, j'ai abandonné l'écriture d'histoires originales pour me plonger dans le monde auparavant inconnu des fics.
Angoisse, exaltation. Dir en grey s'est immiscé entre les lignes, jusqu'à les accaparer totalement. Je suis devenue schizophrène. Quand j'écris, je ressens tellement ce que je fais que j'ai quasiment l'impression d'écrire mon journal intime.
C'est pas pour rien que j'angoisse tellement quand je publie une nouvelle fic. Publier ce que j'écris, c'est dévoiler unpeu de moi. Parce qu'il y a toujours une partie de ma personnalité dans mes personnages. Dans tous.
Et donc, on en revient à ce que je disais au dessus: je suis une inconnue pour ma famille.
Ma mère, durant la fin du collège et le début du lycée, savait que j'écrivais beaucoup. Je ne sais pas si elle a déjà jeté un coup d'oeil à ce que j'ai fait... Tout ce que je lui ai montré, c'est quelques rédactions et des essais pour des concours.
Elle en avait même parlé dans la famille. Et comme la soeur d'un de mes oncles est écrivain, mon oncle avait proposé que je lui montre un peu ce que je faisais. Pour mon anniversaire, on m'avait même offert le livre de cette tante éloignée, elle me l'avait dédicacé, écrivant qu'elle espérait bientôt lire ce que je faisais.
Mais je n'ai jamais osé.Dans ma famille, dans que vous faites quelque chose, vous pouvez être certain que dans les dix minutes suivantes, une quizaine de personnes au minimum sera au courant. La famille entière, dans les deux heures.
Depuis le début du lycée, je n'écris plus sur des cahiers, mais à l'ordinateur. Ma mère ne sait donc pas ce que je fais de mes journées: je sais pas au juste ce qu'elle imagine.
Mais l'autre jour, je lisais rapidement le cahier dans lequel je tiens un inventaire de mes fics, et elle passait par là. Je referme le cahier avant qu'elle ait pu voir quoi que ce soit, le range et me rend dans l'entrée, où j'enfile mes chaussures. Et là, mine de rien, elle me lance;
-Au fait, tu écris toujours?
Je m'immobilise, me tourne vers elle sans trop savoir quoi répondre.
Trop de pudeur. Pas envie qu'encore une fois, une trentaine de personnes soient au courant de ce que je fais de ma vie alors que je leur parle trois fois par an.
-Ouais, un peu des fois.
-Et tu en fais quelque chose?
Hésitation. Pas certaine de comprendre ce qu'elle essaie de me dire.
-J'ai publié deux trois trucs, oui....
-Quoi? Chez un éditeur?
-Non non!
[ J'imagine bien mes fics sur papier XDD ] C'est juste des histoires que j'écris sur Dir en grey, et j'ai mis quelques trucs sur internet, pour que les gens me disent ce qu'ils en pensent.
[ Ou comment dire la vérité tout en mentant effrontément] -Et? Ils t'ont dit quoi?
-On m'a dit que c'était pas trop mal...
Fin de la discution.
Et un goût amer dans la bouche, qui n'est pas près de trépasser.