Auteur: Cactus
Pairing : Alucard (Hellsing) x Edward Cullen (Twilight)
Genre: Cross over, Yaoi
Note adressée à Hélia : Tu voulais une fic rassemblant tes deux vampires préférés... Voilà qui est fait!! Tu vas voir, j'ai même respecté ta demande vis-à-vis d'une certaine chute! XD Ah! Ton Shinigami préféré est là aussi! Oh, j'allais oublier, il y aussi un verbe à un moment qui va te faire penser à quelqu'un qui vit chez toi, c'est-à-dire bien sûr ta Dédé! Ainsi que des répliques qui devraient te rappeler une soirée qu'on a passée y'a pas longtemps =D Biiz ~
Il y avait une belle maison, enfouie quelque part au fin fond d'une épaisse forêt. Entourée par des arbres centenaires, protégée des regards par une haie immense et peu entretenue, elle se hissait sur trois étages, et était agrémentée d'une petite tourelle sur le flanc droit. Le toit de tuiles noires semblait supporter le poids des âges, de même que les quelques gargouilles sculptées flanquées en haut de la tourelle. Attaquées par le lierre et du chèvrefeuille aux plantes couleur crème, les murs de la maison aux allures de petit château étaient tout de brique noire.
Les rideaux étaient tirés sur toutes les fenêtres. Certaines, immenses, couraient sur près d'un mètre de long, et presque la même taille en hauteur. Elles donnaient directement sur un vaste terrain débroussaillé baigné par la lueur de la lune et des étoiles. A côté d'un puits et d'un petit kiosque à la peinture blanche écaillée, un banc et un sentier parsemé de buissons de roses, qui s'enfonçait dans la forêt, se perdant parmi les multiples ronces et racines qui jonchaient le sol.
Derrière une des fenêtres, une main avait légèrement relevé le rideau. Oh, pas de grand-chose ; quelques centimètres à peine. Sous les doigts pâles et froids, les rideaux de velours rouge foncés, lourds et poussiéreux, avaient été décalés du carreau glacé par l'air hivernal. Un visage, penché sur le carreau ainsi dévoilé, regardait dehors, l'½il brillant d'impatience. En réalité, ses pupilles étaient fixés sur l'horizon. Le soleil, cet ennemi mortel, amorçait sa chute de l'autre côté de la terre. Encore quelques minutes et bientôt, le ciel entier s'embraserait en un ultime rayon lumineux, puis la nuit serait totale, parfaite, magnifique. Ce soir, aucune étoile ne brillait là haut; les nuages étaient trop nombreux, et le vent mordant pas assez puissant pour les pousser de là.
Enfin, après une attente qui parut beaucoup plus longue qu'elle ne l'était en réalité, apparu le fameux green flash : Un rayon vert, extrêmement bref et lumineux, qui traversa le ciel comme une lame, puis s'estompa dans la nuit qui prenait ses droits. Immédiatement, l'homme laissa retomber le rideau sur la fenêtre, et parcourut d'un pas vif l'ensemble de la pièce immense dans laquelle il se trouvait. Sans un regard pour le somptueux mobilier, il attrapa son long revolver et le glissa sous la cape rouge qui moulait ses épaules et flottait comme un nuage de sang derrière lui, puis ouvrit sans effort la lourde porte de bois qui ouvrait sur l'extérieur.
Sa course à travers bois fut rapide, bien trop rapide pour pouvoir être suivie par des yeux humains. Ses mouvements, fluides et teintés du rouge de sa cape, épousaient avec une grâce étonnante les ombres mystérieuses de la nature avec laquelle il semblait faire corps. Aucune fatigue n'alourdissait ses muscles jeunes et puissants, pas plus qu'elle ne marbrait ses traits de rides. En réalité, jamais visage n'avait été aussi lisse; sous les traits durs et féroces, comme taillés à la serpe, le teint était d'une couleur chair très pâle. Rien ne venait ternir la perfection de l'ovale fine et délicate de ce visage à la beauté sauvage.
Les bruits de la forêt accompagnaient sa course folle. Quelques hiboux hululaient à la pleine lune, des chauves souris battaient des ailes, les feuilles bruissaient sous la caresse du vent, des grondements attribuables à des sangliers se répercutaient en écho de ci de là. L'homme, lui, contribuait à cette mélodie nocturne avec le craquement régulier des branches qu'il broyait sous ses pas. Par contre, chose étrange, on n'entendait guère sa respiration.
Il freina enfin sa course après quelques kilomètres passés à fouiller l'obscurité de son regard rouge, à la vision nocturne. Derrière ses lunettes noires aux carreaux opaques, ses yeux voyaient tout, exactement comme en plein jour. Autour de lui, l'espace entre les arbres s'espaça ; la nuit se fit moins épaisse, les branches laissaient filtrer un peu plus la lumière de la lune. Il s'arrêta enfin tout près d'un point d'eau de moindre envergure, à la surface rayée par les pâles rayons lunaires. Il s'y accroupit, son regard rouge se perdant dans les profondeurs invisibles de l'onde pourtant claire en plein jour. Il aurait pu demeurer encore longtemps dans cette position si une voix grave et sensuelle ne l'avait fait se relever, comme un aimant.
-Tu es en avance, ce soir Alucard.
Alucard haussa les épaules, indifférent à ce genre de remarque.
-En avance, en retard... Tout dépend de ta notion du temps. Il coule sur moi comme de pluie sur une plaque de béton. Il cherche à s'infiltrer, mais n'y arrivera jamais.
-Cesse de parler en énigmes, tu veux? Soupira le nouveau venu.
Il s'avança dans l'orée dégagée par les arbres. Grand et mince, il portait un pull over noir à col roulé. Malgré le froid, il avait roulé les manches de l'habit sur ses bras imberbes, et ne portait qu'un léger pantalon en flanelle sombre. Sur son visage aux traits tout aussi lisses que ceux de son interlocuteur, on ne lisait aucune expression, si ce n'est un certain agacement dans le froncement des sourcils.
Loin d'avoir une physionomie féroce, taillée pour le combat et la bataille, il se targuait de son visage d'éternel adolescent. Droits et parfaits, ses traits n'avaient rien à envier à ceux du plus beau mannequin mortel.
-Comme si tu avais quelque chose à apprendre de ce côté-là, Edward, s'esclaffa Alucard sans faire un geste vers lui.
On devinait dans son attitude beaucoup plus de distance et de froideur que dans celle de l'adolescent aux cheveux légèrement hérissés. Malgré son visage fermé, l'autre exprimait un certain plaisir d'être là, ne serait-ce que par les pas qu'il esquissait en direction d'Alucard. Ce dernier par contre restait campé sur ses jambes, presque protégé du monde extérieur par sa longue cape rouge sang.
-Mes énigmes sont moins nombreuses que les tiennes, et certainement plus justes, rétorqua enfin Edward.
Arrivé à quelques pas d'Alucard, il s'arrêta. Quelque chose en lui l'empêchait d'aller plus loin. Peut-être cette chaleur inhabituelle dans son corps mort. Peut-être aussi ce sentiment qui irriguait son c½ur immobile dans sa poitrine. S'il se laissait aller à des rêves, il aurait pu imaginer que l'organe allait repartir, tout à coup, après des dizaines d'années de sommeil...
-Tu as chassé ce soir? Demanda-t-il à Alucard.
Son odorat ultra affûté ne décelait aucune odeur de sang. Mais il était suffisamment expérimenté pour savoir à présent qu'Alucard, plus retors de toute la race, était capable de dissimuler à quiconque une odeur de sang fraîche...
-Pas encore. Je t'attendais.
Un sourire cruel se dessina à la commissure des lèvres d'Alucard. Une lueur sanguinaire s'alluma dans ses yeux déjà colorés de sang; il savait très bien comment provoquer Edward, comment le mettre en colère. Il s'était amusé à ce jeu des centaines de fois et, à chaque fois, le jeune vampire tombait dans le panneau. Edward avait beau être âgé d'une cinquantaine d'années à présent, il n'arrivait toujours pas à contrôler ses émotions, beaucoup plus puissantes et irrésistibles que lorsqu'il était simple mortel. Alucard, lui, excellait dans ce domaine. Si un vampire sur cette terre pouvait se vanter de se contrôler, c'était lui. Il pouvait jeûner plusieurs jours, et jamais n'avoir la tentation de mordre un humain; de même, la colère, l'amour, la peur, la tristesse lui étaient étrangères lorsqu'il décidait de s'y fermer.
Immanquablement, Edward réagit comme Alucard l'avait prévu. A peine les sons avaient-ils été prononcés, le jeune vampire esquissait un mouvement de recul, retroussait ses lèvres sur ses dents de tueur et dardait un regard furieux sur Alucard.
-Arrête, tu sais très bien que j'ai décidé d'arrêter! Gronda-t-il.
N'importe qui d'autre qu'un autre vampire, à plus forte raison Alucard, aurait frémit sous le danger qui émanait d'Edward. Sur ses traits parfaits, la colère avait immergé chacune des ombres, et débordait de ses iris brillantes de fureur. Les genoux presque imperceptiblement repliés, il esquissait ainsi un mouvement de combat qui pouvait le précipiter sur Alucard si vite que le vieux vampire lui-même n'aurait pas le temps de l'éviter.
-Arrête, tu sais très bien que c'est n'importe quoi. Les vampires sont faits pour tuer les humains, c'est tout. Ça ne sert à rien d'aller à l'encontre de l'ordre des choses. Ecoute leur souffle, sent la chaleur de leur sang, souviens toi de la sensation délicate de ses dents tranchant leur chair... Tu sais que tu es fais pour ça. Regarde toi! Tu es l'arme parfaite. Aucun humain ne pourrait te résister.
-Nous sommes des créatures maudites, rétorqua Edward d'une voix de gorge impressionnante qui aurait fait frissonner Alucard de désir s'il s'était laissé allé. Le pêché coule dans nos veines, c'est notre devoir de nous en purger... Si j'arrive à me contrôler, si je n'ai plus l'outrecuidance de prendre une seule vie humaine, alors peut-être serais-je pardonné.
-Pardonné? Répéta Alucard, son sourire s'agrandissait encore sur son visage. Mais pardonné par qui, dis moi? Tu y crois, alors, à ces dieux que les humains prétendent vénérés?
-Je ne sais pas, avoua Edward. Je n'en sais rien, mais il y a forcément une raison à... Notre état. Nous ne sommes pas devenus ces créatures par hasard.
-Edward, Edward, Edward...
Alucard soupira et leva les bras en l'air, faisant ainsi voleter sa cape autour de lui. Sous son large chapeau coulait une longue chevelure brune, rassemblée en un catogan dans son dos. Il avança doucement vers Edward, sans ressentir aucune peur face aux frémissements dangereux des yeux et des muscles du jeune vampire.
-Pourquoi vouloir à tout prix chercher une raison? Tu es là, je suis là... C'est tout ce qui compte, non?
Ses traits cruels s'adoucirent soudain, à mesure qu'il acceptait de faire déferler en lui une tendresse toute nouvelle. Soudain, le vieux vampire aux milliers de meurtres se faisait doux; derrière ses lunettes, ses yeux perdirent de leur éclat rouge.
Mais Edward était trop impulsif, trop marqué par la colère pour accepter ces paroles. Sans réfléchir, mû par son instinct, il délia tout à coup ses jambes et se précipita à toute allure sur Alucard, si vite que ce dernier eut à peine le temps de se rendre compte de ce qui se passait. Quand bien même aurait-ce été le cas, il ne se serait pas défendu: en réalité, il avait déjà prévu ce mouvement de rage, aussi avait-il déjà amorcé un pas sur le côté, si bien qu'il évita le coup qu'Edward tentait de lui porter.
Mais emporté par la puissance de ses muscles, le jeune vampire ne put s'arrêter à temps; il ne contrôlait pas encore assez bien ses pouvoirs, et chuta avec un bruit de fin du monde dans le point d'eau glacial. Il s'enfonça dans les profondeurs si vite que les auréoles de l'eau eurent à peine le temps de se multiplier à la surface qu'il remontait déjà, trempé, et les traits tordus par une haine farouche.
Alucard éclata d'un rire moqueur, et porta la main au long pistolet d'argent qu'il portait toujours à sa ceinture.
-Tu vois Edward, tu as encore beaucoup de choses à apprendre. Par exemple, tu vois ce flingue? Je l'ai depuis des années. Il m'a servi de nombreuses fois, quand on m'a découvert et qu'il m'a fallu effacer toute trace de ces humains dérangeants... Si je voulais, je pourrais te tuer d'une seule balle. Certaines armes peuvent trouer la peau d'un vampire et causer des dégâts irrémédiables, celle-ci en fait partie. Et pourtant, on se connaît depuis longtemps... Jamais je ne l'ai utilisée contre toi. Fais attention, je pourrais ne plus avoir envie de supporter tes simagrées d'adolescent, un jour.
Sorti de l'eau, Edward fixa un long moment le pistolet, puis Alucard.
-Personne ne m'en a jamais parlé, murmura-t-il enfin.
Ses vêtements lui collaient à la peau, moulant parfaitement son corps finement musclé. Même pour Alucard, la vision était inédite; jamais, malgré le nombre impressionnant de décennies qu'il avait passées à côtoyer des vampires tout plus beaux les uns que les autres, il n'avait vu corps si parfait.
Parfois, il paraissait difficile à croire que ce corps lui appartenait...
-C'est parce que je suis le seul à le savoir. Et aussi le seul à qui cette arme obéit. Donc si jamais il prenait l'envie à quelqu'un de m'en déposséder, ce serait parfaitement inutile. Dans les mains de quelqu'un d'autre, ce n'est rien d'autre qu'un vulgaire revolver.
La déception fut si violente qu'Edward ne put s'en cacher; il leva sur Alucard un regard démuni, et soupira lourdement en s'avançant rapidement vers lui.
-Dommage. Il y a bien des vampires dont j'aurais aimé me débarrasser...
-Dont un certain clan en Italie, c'est ça?
-On ne peut rien te cacher, sourit Edward.
Ils étaient face à face, parfaitement seuls au milieu de nulle part. Ils avaient l'habitude de se retrouver ici, l'un comme l'autre n'auraient raté leurs rendez vous pour rien au monde, et pourtant... A chaque fois, le sentiment qu'ils éprouvaient lorsque leurs corps étaient trop proches les stupéfiait. C'était à la fois destructeur et immensément jouissif. Rien d'autre n'avait plus d'importance... Ils pouvaient tout se dire, tout se confier, tout oser, parce que tous les deux appartenaient à la même race d'indestructibles.
Leurs mains se cherchèrent dans l'obscurité. Ils y voyaient comme un humain en plein jour, mais n'avaient aucune envie de se quitter des yeux, aussi leurs caresse furent-elles maladroites avant qu'ils ne se trouvent. Insensiblement, ils se rapprochèrent l'un de l'autre; de la tension qui régnait entre leurs deux corps résultait un silence parfait. A cause de ce magnétisme irréel, la forêt entière préférait se taire. Aucun animal ne se fit entendre, pas plus que le simple bruissement des branches dans les hauts arbres.
Leurs lèvres, si proches, s'écrasèrent si violemment l'une contre l'autre qu'un mortel aurait peut-être eu le squelette déformé, alors que l'impatience de leur désir n'imprima à leurs corps figés qu'un feu immense, un véritable incendie des sens. Bouche contre bouche, langue contre langue, ils reculèrent jusqu'à un arbre. Alucard menait la danse; serrant contre lui le corps frémissant d'Edward, il le cogna délibérément contre un de ces chênes centenaires qui se dressaient autour d'eux. Sous la violence du choc, un grincement terrifiant emplit tout à coup l'espace sonore vacant. Les deux vampires s'arrêtèrent net. Les lèvres et les yeux brillants, ils échangèrent un regard interrogatif mais très vite, eurent la signification de ce bruit étrange; sous leurs pieds, les racines de l'arbre se détachaient nettement de la terre. Ce grincement effrayant, c'était le cri de terreur d'un arbre qu'on arrachait à sa terre.
-J'y crois pas, souffla Edward en se reculant précipitamment. Tu m'as fait déraciner un arbre!
-C'est bon, c'est qu'un arbre, on va pas en faire une maladie. A moins que tu ne comptes te racheter une conduite en te comportement de manière exemplaire avec chaque végétal, aussi? Le railla Alucard en baissant son chapeau à bords larges sur ses lunettes épaisses.
-La ferme.
Ils reculèrent encore, échappant aux griffes des racines immenses qui soulevaient des pans entiers de terre. Quelques animaux s'enfuirent en courant, Edward les suivit d'un ½il intrigué.
-Tu veux chasser? Se moqua encore une fois Alucard.
-Des lapins? Ricana Edward. Ce ne serait qu'une goutte d'eau dans un verre.
-Si tu as soif, je connais un coin super.
-N'insiste pas Alucard. C'est non.
-Bah, tu ne sais pas ce que tu rates.
Alucard passa sa langue sur ses dents acérées qui, par un caprice de la lune, brillèrent à la faveur d'un rayon. Isolés du reste du monde, ils regardèrent avec un intérêt décroissant le déracinement lent et bruyant de l'arbre qui se penchait de plus en plus en arrière.
-Bon. On peut toujours aller chez moi, suggéra soudain Alucard, bras croisé, alors que l'arbre virait dangereusement sur la gauche et s'approchait d'un de ses congénères.
-Pour quoi faire? Fit naïvement Edward tout en connaissant la réponse.
-Je sais que tu lis dans mes pensées, alors n'essaie pas de faire semblant.
-Sauf quand tu contrôles tes pensées, comme là. Tu dois d'ailleurs être le premier à réussir à... A ne penser à rien.
-On fait la même chose toutes les nuits. Sauf que ce soir, on va faire ça dans mon cercueil.
-Un cercueil! L'angoisse!
-Ce n'est pas parce que tu n'as jamais besoin de dormir qu'il en est de même pour moi.
-Tu as besoin de dormir?
Stupéfait, Edward croisa les bras et détourna son regard de l'arbre. Chose étrange, à la seconde où il s'intéressa à Alucard, tous les bruits alentour s'estompèrent à son oreille.
-On n'est pas tous fait pareil, soupira Alucard. Tu as la chance d'être éveillé constamment, mais personnellement je reste dans un cercueil une grande partie de la journée. Et je ne peux pas non plus sortir en plein soleil, contrairement à toi. Alors, mon cercueil te tente ou pas?
-J'ai le choix?
-Absolument pas. Je suis plus fort que toi, et je te baiserai que tu sois d'accord ou pas.
Un sourire étincelant éclaira les traits féroces d'Alucard; secouant la tête en masquant un sourire amusé, Edward poussa un cri de surprise lorsque le vieux vampire s'élança d'un pas vif et ultra rapide vers le c½ur de la forêt.
~ Les Ailes des Ténèbres ~
Bien des heures plus tard, Edward se tenait debout devant une grande fenêtre aux rideaux ouverts. La lune et les étoiles étaient à présent dégagés; à la lueur des astres nocturnes, sa peau scintillait doucement, comme un diamant dans la pénombre. Ses vêtements masquaient les quelques bleus qui marbraient sa peau, conséquence de la passion un peu trop violente qui les avait unis, Alucard et lui. Il se massa le poignet en grimaçant légèrement, l'os encore endolori par la poigne puissante du vampire aux yeux rouges.
Ce dernier s'avançait justement vers lui, émergeant à pas mesurés du coin obscur dans lequel il était caché depuis quelques minutes.
-Tiens donc, un vampire pensif. On aura tout vu.
Les pensées d'Alucard résonnèrent dans l'esprit d'Edward aussi nettement que s'il s'était agit d'une voix humaine. Souriant, il se retourna et fit face à son amant sans ciller.
-Tu n'es jamais pensif?
-Laisse moi réfléchir... Non.
-Tes nuits doivent être bien longues, alors.
-Oh, ne t'en fais pas pour moi, répondit Alucard à voix haute. Je trouve toujours de quoi m'occuper.
Edward n'eut même pas besoin de le regarder pour deviner les souvenirs sanglants qui se dessinaient sur l'écran des pupilles du vampire. Dégoûté, il lutta contre ses propres souvenirs. Des scènes de mort et d'assassinat où le sang ne coulait que par lui, et uniquement pour lui...
Il allait répondre d'un ton cinglant à Alucard, lorsque qu'un bruit mat se fit soudain entendre à côté d'eux. Aussi surpris l'un que l'autre, ils se retournèrent à la vitesse de l'éclair, avec la souplesse de félins, s'attendant à trouver un autre vampire juste derrière eux; mais aucune odeur ne venait troubler l'air. Il n'y avait pas plus de présence dans la pièce que tout à l'heure; mais lorsqu'Alucard baissa les yeux par terre, intrigué par une tâche noire qu'il ne se souvenait pas avoir déjà vue sur son tapis d'un rouge incandescent, il fronça les sourcils sans comprendre.
-Tu as ramené un bouquin avec toi?
-Quoi? Non, bien sûr que non, pourquoi?
Edward suivit son regard, et fronça les sourcils à son tour. A ses côtés, Alucard retroussa ses lèvres sur ses gencives et grogna comme une bête furieuse, portant sa main à sa ceinture en regardant autour de lui avec une acuité surhumaine.
-Il n'y a personne, conclut-il après avoir fait le tour de la pièce en laissant derrière lui une traînée rouge.
Sa cape flottait encore dans son dos lorsqu'il reparut aux côtés d'Edward, ses cheveux dénoués en bataille sur ses épaules.
-Personne que tes sens surdéveloppés ne peut repérer, ricana alors une voix d'outre tombe, sortie de nulle part.
Immédiatement, Edward et Alucard se mirent en position de combat. Jambes repliées, dents étincelantes et prêts à frapper. Alucard tenait en main son énorme revolver d'argent, ainsi qu'une seconde arme de main qui paraissait fragile dans sa poigne puissante.
-Montre toi, lâche, gronda Alucard en regardant partout autour de lui.
-Bien! S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir!
La voix était extrêmement grave et pourtant, dans le même temps, les ricanements qu'elle imprimait à chaque inflexion montaient dans les aigus. S'ils avaient pu avoir peur, ou s'ils n'avait tout simplement été que des mortels, Edward et Alucard auraient probablement fui en courant ou auraient hurlé pour se défaire de cette voix.
Dans un souffle d'air, une créature immense traversa alors le plafond pour rester en suspension dans la pièce principale, ses ailes gigantesques battant l'air pour demeurer en suspension.
-Qu'est-ce que c'est !? S'écria Edward, se laissant aller à cette unique réaction d'étonnement alors qu'Alucard avait déjà tiré deux coups de son revolver d'argent, et deux autres de son arme de poing.
Les deux balles traversèrent la créature comme de l'eau. Les yeux de la chose, globuleux et d'un rouge intense cerclé de jaune, se fixèrent sur eux, tels une sentence de mort.
Très étrangement, la chose était habillée. Elle portait une sorte de combinaison de tissu noir, et une ceinture à laquelle pendait ce qui ressemblait à un chapelet, ainsi qu'un petit livre à couverture noire. Elle était immense, semblait occuper tout l'espace. Elle paraissait également ne pas avoir de peau; comme si ses traits faciaux et physiologiques avaient été à même le squelette, la créature était d'un blanc laiteux. A ses oreilles, de nombreuses boucles d'oreilles; toutes, des têtes de mort.
-Un Shinigami, souffla Alucard sans trop y croire.
-Un quoi?
-Je suis Ryuk, Dieu de la mort, se présenta alors la créature en éclatant d'un autre de ses rires inquiétants.
-Dieu de la mort, hein...
Alucard sembla enfin se détendre. Rangeant ses pistolets à sa ceinture, il haussa les épaules et s'avança vers Ryuk en arborant un de ses fameux sourires de tueur.
-Pas de chance, mon vieux. Tu viens de tomber sur deux immortels.
-Oh! Ça je le sais, le rassura Ryuk en souriant.
Son sourire était presque aussi effrayant que son rire; sa bouche aux dents ébréchées exhalait une odeur terrible, relents de chair brûlée et de moisissure.
Ce faisant, le Shinigami pointa une de ses longues mains squelettiques sur le haut du crâne d'Alucard. Ses doigts brillaient de mille feux, dû aux innombrables bagues à tête de mort qui les ornaient.
-Je ne vois pas votre durée de vie. D'ordinaire, seuls les Shinigami sont dotés de cette capacité.
-Alors pourquoi es-tu là?
-Tu vois ce cahier?
Plus vif que l'éclair, Edward l'avait déjà ramassé. Il l'ouvrit à la page de garde, et commença à lire les petits caractères qui y étaient inscrits.
-C'est une blague? Fit-il en ricanement doucement.
-Absolument pas.
Ryuk secoua la tête pendant qu'Alucard reculait au niveau d'Edward pour jeter à son tour un coup d'½il sur le livre.
-Tu peux tuer n'importe qui avec ça.
-Reprends ta machine à tuer, ordonna Edward en tendant le cahier à Ryuk. Aucun de nous n'en a besoin.
-Parle pour toi! Rétorqua Alucard, une lueur intéressée brillant dans son regard. Imagine tout ce que nous pourrions faire avec une arme pareille...
Il allait reprendre la cahier à Edward lorsqu'un nouveau bruit inattendu se fit entendre, mais dehors cette fois, comme un battement d'ailes gigantesques.
-T'as ramené d'autres copains avec toi? Interrogea Alucard, aussi froid que la glace.
-Pas à ce que je sache.
Ils se tournèrent tous vers la porte d'entrée ; à vrai dire, Ryuk se dévissa le cou plus qu'il ne se tourna, la pièce, bien que grande, n'offrant qu'un champ restreint de mouvements pour qu'il puisse se tourner malgré sa souplesse.
Sur le seuil, un humain. Le regard d'Alucard s'alluma, le sang de ses yeux irriguant son cerveau pour atteindre ses instincts de tueur; mais la seconde suivante, il se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Dérangé, il chercha quelques instants ce que ça pouvait être avant de s'en rendre compte: cet homme n'avait pas d'odeur, exactement comme Ryuk.
-Qui c'est, encore? S'agaça-t-il, incapable de se contenir plus longtemps.
-Ryuk, tu n'as rien à faire là.
-J'ai bien le droit de faire tomber un cahier dans le monde des humains...
-Oui, mais dans ce cas ledit cahier ne peut être remis qu'à un humain.
L'homme s'avança encore; Edward et Alucard retinrent leur souffle, impressionnés malgré eux par la majesté qui se dégageait du visage et des attitudes du nouveau venu. Ses traits étaient si fins qu'ils en étaient presque féminins; dans le même temps, ses yeux fendus en amande, son long visage anguleux et son torse à demi découvert ne laissaient aucun doute sur son sexe. Ses cheveux, d'un vert pâle tirant presque le bleu, tombaient au niveau de ses clavicules et lui chatouillaient la joue et le front.
-Donne moi ce cahier, ou laisse le tomber là où un humain pourra le trouver.
Il tendit la main. Un éclair d'argent fusa sous les yeux, et pour cause; le bras gauche de l'homme était entièrement artificiel, fait d'un métal argenté aux jointures blanches puissantes. On devinait que ces mains auraient facilement pu broyer le tronc d'un arbre si l'homme l'avait voulu...
-C'est bon, je vais le reprendre, grogna Ryuk avec mauvaise humeur.
Ses iris rouge se rétrécirent, laissant plus de place au jaune lorsqu'il attrapa le livre qui pendait au bout du bras d'Edward.
-Je le voulais, moi, protesta Alucard à l'adresse du nouveau venu.
-Peut-être, mais vous disposez déjà de toutes les armes nécessaires à vos assassinats. Vous êtes faits pour tuer. Un cahier vous serait aussi utile qu'une feuille d'arbre.
-Hmpf, ronchonna Alucard.
-Qui vous êtes? S'enquit soudain Edward, méfiant.
-Je me nomme Folken Fanel. Je suis le maître des Shinigami.
-Depuis peu, ne put s'empêcher d'ajouter Ryuk, qui voyait manifestement d'un mauvais ½il le fait d'avoir un maître qui pouvait lui remonter les bretelles.
Après s'être assuré que le Death Note avait bien été récupéré par Ryuk, Folken tourna les talons et s'éloigna vers l'extérieur d'un pas tranquille.
-Bon, salut, marmonna Ryuk sans plus de cérémonie.
Il traversa de nouveau le plafond, ses ailes battant l'air pour lui permettre de prendre plus d'envol.
-Laisse le à quelqu'un avec qui tu pourras t'amuser, lui conseilla Alucard avec un sourire mauvais juste avant que le Shinigami ne disparaisse pour de bon.
-Compte sur moi! S'esclaffa Ryuk.
La seconde suivante, il était parti; et Edward s'en allait à son tour, sans un mot d'adieu à l'adresse d'Alucard qui ne s'attendait pas à moins de sa part.
Désireux de profiter du reste de sa nuit, il sortit sur le perron de la maison. Là s'allongeait le c½ur d'une forêt millénaire dont il avait fait son terrain de jeu; chaussant ses yeux rougeoyants de lunettes épaisses, il courut à travers bois pour soulager la tension assoiffée qui courait dans sa gorge.
S'il avait levé les yeux vers le ciel d'un noir d'encre, il aurait pu remarquer Folken, dont les ailes couleur de la nuit battaient doucement l'air, semant des plumes majestueuses derrière lui, dont le visage souriant et tourné face à la lune promettait que bien des histoires encore allaient être écrites avant qu'enfin, peut-être, ses tourments ne s'apaisent dans un souffle...
Owari
Cactus

