Les ailes des ténèbres

Les ailes des ténèbres
Titre: Les Ailes des Ténèbres
Auteur: Cactus
Pairing : Alucard (Hellsing) x Edward Cullen (Twilight)
Genre: Cross over, Yaoi
Note adressée à Hélia : Tu voulais une fic rassemblant tes deux vampires préférés... Voilà qui est fait!! Tu vas voir, j'ai même respecté ta demande vis-à-vis d'une certaine chute! XD Ah! Ton Shinigami préféré est là aussi! Oh, j'allais oublier, il y aussi un verbe à un moment qui va te faire penser à quelqu'un qui vit chez toi, c'est-à-dire bien sûr ta Dédé! Ainsi que des répliques qui devraient te rappeler une soirée qu'on a passée y'a pas longtemps =D Biiz ~




Il y avait une belle maison, enfouie quelque part au fin fond d'une épaisse forêt. Entourée par des arbres centenaires, protégée des regards par une haie immense et peu entretenue, elle se hissait sur trois étages, et était agrémentée d'une petite tourelle sur le flanc droit. Le toit de tuiles noires semblait supporter le poids des âges, de même que les quelques gargouilles sculptées flanquées en haut de la tourelle. Attaquées par le lierre et du chèvrefeuille aux plantes couleur crème, les murs de la maison aux allures de petit château étaient tout de brique noire.

Les rideaux étaient tirés sur toutes les fenêtres. Certaines, immenses, couraient sur près d'un mètre de long, et presque la même taille en hauteur. Elles donnaient directement sur un vaste terrain débroussaillé baigné par la lueur de la lune et des étoiles. A côté d'un puits et d'un petit kiosque à la peinture blanche écaillée, un banc et un sentier parsemé de buissons de roses, qui s'enfonçait dans la forêt, se perdant parmi les multiples ronces et racines qui jonchaient le sol.

Derrière une des fenêtres, une main avait légèrement relevé le rideau. Oh, pas de grand-chose ; quelques centimètres à peine. Sous les doigts pâles et froids, les rideaux de velours rouge foncés, lourds et poussiéreux, avaient été décalés du carreau glacé par l'air hivernal. Un visage, penché sur le carreau ainsi dévoilé, regardait dehors, l'½il brillant d'impatience. En réalité, ses pupilles étaient fixés sur l'horizon. Le soleil, cet ennemi mortel, amorçait sa chute de l'autre côté de la terre. Encore quelques minutes et bientôt, le ciel entier s'embraserait en un ultime rayon lumineux, puis la nuit serait totale, parfaite, magnifique. Ce soir, aucune étoile ne brillait là haut; les nuages étaient trop nombreux, et le vent mordant pas assez puissant pour les pousser de là.

Enfin, après une attente qui parut beaucoup plus longue qu'elle ne l'était en réalité, apparu le fameux green flash : Un rayon vert, extrêmement bref et lumineux, qui traversa le ciel comme une lame, puis s'estompa dans la nuit qui prenait ses droits. Immédiatement, l'homme laissa retomber le rideau sur la fenêtre, et parcourut d'un pas vif l'ensemble de la pièce immense dans laquelle il se trouvait. Sans un regard pour le somptueux mobilier, il attrapa son long revolver et le glissa sous la cape rouge qui moulait ses épaules et flottait comme un nuage de sang derrière lui, puis ouvrit sans effort la lourde porte de bois qui ouvrait sur l'extérieur.

Sa course à travers bois fut rapide, bien trop rapide pour pouvoir être suivie par des yeux humains. Ses mouvements, fluides et teintés du rouge de sa cape, épousaient avec une grâce étonnante les ombres mystérieuses de la nature avec laquelle il semblait faire corps. Aucune fatigue n'alourdissait ses muscles jeunes et puissants, pas plus qu'elle ne marbrait ses traits de rides. En réalité, jamais visage n'avait été aussi lisse; sous les traits durs et féroces, comme taillés à la serpe, le teint était d'une couleur chair très pâle. Rien ne venait ternir la perfection de l'ovale fine et délicate de ce visage à la beauté sauvage.
Les bruits de la forêt accompagnaient sa course folle. Quelques hiboux hululaient à la pleine lune, des chauves souris battaient des ailes, les feuilles bruissaient sous la caresse du vent, des grondements attribuables à des sangliers se répercutaient en écho de ci de là. L'homme, lui, contribuait à cette mélodie nocturne avec le craquement régulier des branches qu'il broyait sous ses pas. Par contre, chose étrange, on n'entendait guère sa respiration.

Il freina enfin sa course après quelques kilomètres passés à fouiller l'obscurité de son regard rouge, à la vision nocturne. Derrière ses lunettes noires aux carreaux opaques, ses yeux voyaient tout, exactement comme en plein jour. Autour de lui, l'espace entre les arbres s'espaça ; la nuit se fit moins épaisse, les branches laissaient filtrer un peu plus la lumière de la lune. Il s'arrêta enfin tout près d'un point d'eau de moindre envergure, à la surface rayée par les pâles rayons lunaires. Il s'y accroupit, son regard rouge se perdant dans les profondeurs invisibles de l'onde pourtant claire en plein jour. Il aurait pu demeurer encore longtemps dans cette position si une voix grave et sensuelle ne l'avait fait se relever, comme un aimant.

-Tu es en avance, ce soir Alucard.

Alucard haussa les épaules, indifférent à ce genre de remarque.

-En avance, en retard... Tout dépend de ta notion du temps. Il coule sur moi comme de pluie sur une plaque de béton. Il cherche à s'infiltrer, mais n'y arrivera jamais.
-Cesse de parler en énigmes, tu veux? Soupira le nouveau venu.

Il s'avança dans l'orée dégagée par les arbres. Grand et mince, il portait un pull over noir à col roulé. Malgré le froid, il avait roulé les manches de l'habit sur ses bras imberbes, et ne portait qu'un léger pantalon en flanelle sombre. Sur son visage aux traits tout aussi lisses que ceux de son interlocuteur, on ne lisait aucune expression, si ce n'est un certain agacement dans le froncement des sourcils.
Loin d'avoir une physionomie féroce, taillée pour le combat et la bataille, il se targuait de son visage d'éternel adolescent. Droits et parfaits, ses traits n'avaient rien à envier à ceux du plus beau mannequin mortel.

-Comme si tu avais quelque chose à apprendre de ce côté-là, Edward, s'esclaffa Alucard sans faire un geste vers lui.

On devinait dans son attitude beaucoup plus de distance et de froideur que dans celle de l'adolescent aux cheveux légèrement hérissés. Malgré son visage fermé, l'autre exprimait un certain plaisir d'être là, ne serait-ce que par les pas qu'il esquissait en direction d'Alucard. Ce dernier par contre restait campé sur ses jambes, presque protégé du monde extérieur par sa longue cape rouge sang.

-Mes énigmes sont moins nombreuses que les tiennes, et certainement plus justes, rétorqua enfin Edward.

Arrivé à quelques pas d'Alucard, il s'arrêta. Quelque chose en lui l'empêchait d'aller plus loin. Peut-être cette chaleur inhabituelle dans son corps mort. Peut-être aussi ce sentiment qui irriguait son c½ur immobile dans sa poitrine. S'il se laissait aller à des rêves, il aurait pu imaginer que l'organe allait repartir, tout à coup, après des dizaines d'années de sommeil...

-Tu as chassé ce soir? Demanda-t-il à Alucard.

Son odorat ultra affûté ne décelait aucune odeur de sang. Mais il était suffisamment expérimenté pour savoir à présent qu'Alucard, plus retors de toute la race, était capable de dissimuler à quiconque une odeur de sang fraîche...

-Pas encore. Je t'attendais.

Un sourire cruel se dessina à la commissure des lèvres d'Alucard. Une lueur sanguinaire s'alluma dans ses yeux déjà colorés de sang; il savait très bien comment provoquer Edward, comment le mettre en colère. Il s'était amusé à ce jeu des centaines de fois et, à chaque fois, le jeune vampire tombait dans le panneau. Edward avait beau être âgé d'une cinquantaine d'années à présent, il n'arrivait toujours pas à contrôler ses émotions, beaucoup plus puissantes et irrésistibles que lorsqu'il était simple mortel. Alucard, lui, excellait dans ce domaine. Si un vampire sur cette terre pouvait se vanter de se contrôler, c'était lui. Il pouvait jeûner plusieurs jours, et jamais n'avoir la tentation de mordre un humain; de même, la colère, l'amour, la peur, la tristesse lui étaient étrangères lorsqu'il décidait de s'y fermer.

Immanquablement, Edward réagit comme Alucard l'avait prévu. A peine les sons avaient-ils été prononcés, le jeune vampire esquissait un mouvement de recul, retroussait ses lèvres sur ses dents de tueur et dardait un regard furieux sur Alucard.

-Arrête, tu sais très bien que j'ai décidé d'arrêter! Gronda-t-il.

N'importe qui d'autre qu'un autre vampire, à plus forte raison Alucard, aurait frémit sous le danger qui émanait d'Edward. Sur ses traits parfaits, la colère avait immergé chacune des ombres, et débordait de ses iris brillantes de fureur. Les genoux presque imperceptiblement repliés, il esquissait ainsi un mouvement de combat qui pouvait le précipiter sur Alucard si vite que le vieux vampire lui-même n'aurait pas le temps de l'éviter.

-Arrête, tu sais très bien que c'est n'importe quoi. Les vampires sont faits pour tuer les humains, c'est tout. Ça ne sert à rien d'aller à l'encontre de l'ordre des choses. Ecoute leur souffle, sent la chaleur de leur sang, souviens toi de la sensation délicate de ses dents tranchant leur chair... Tu sais que tu es fais pour ça. Regarde toi! Tu es l'arme parfaite. Aucun humain ne pourrait te résister.
-Nous sommes des créatures maudites, rétorqua Edward d'une voix de gorge impressionnante qui aurait fait frissonner Alucard de désir s'il s'était laissé allé. Le pêché coule dans nos veines, c'est notre devoir de nous en purger... Si j'arrive à me contrôler, si je n'ai plus l'outrecuidance de prendre une seule vie humaine, alors peut-être serais-je pardonné.
-Pardonné? Répéta Alucard, son sourire s'agrandissait encore sur son visage. Mais pardonné par qui, dis moi? Tu y crois, alors, à ces dieux que les humains prétendent vénérés?
-Je ne sais pas, avoua Edward. Je n'en sais rien, mais il y a forcément une raison à... Notre état. Nous ne sommes pas devenus ces créatures par hasard.
-Edward, Edward, Edward...

Alucard soupira et leva les bras en l'air, faisant ainsi voleter sa cape autour de lui. Sous son large chapeau coulait une longue chevelure brune, rassemblée en un catogan dans son dos. Il avança doucement vers Edward, sans ressentir aucune peur face aux frémissements dangereux des yeux et des muscles du jeune vampire.

-Pourquoi vouloir à tout prix chercher une raison? Tu es là, je suis là... C'est tout ce qui compte, non?

Ses traits cruels s'adoucirent soudain, à mesure qu'il acceptait de faire déferler en lui une tendresse toute nouvelle. Soudain, le vieux vampire aux milliers de meurtres se faisait doux; derrière ses lunettes, ses yeux perdirent de leur éclat rouge.

Mais Edward était trop impulsif, trop marqué par la colère pour accepter ces paroles. Sans réfléchir, mû par son instinct, il délia tout à coup ses jambes et se précipita à toute allure sur Alucard, si vite que ce dernier eut à peine le temps de se rendre compte de ce qui se passait. Quand bien même aurait-ce été le cas, il ne se serait pas défendu: en réalité, il avait déjà prévu ce mouvement de rage, aussi avait-il déjà amorcé un pas sur le côté, si bien qu'il évita le coup qu'Edward tentait de lui porter.
Mais emporté par la puissance de ses muscles, le jeune vampire ne put s'arrêter à temps; il ne contrôlait pas encore assez bien ses pouvoirs, et chuta avec un bruit de fin du monde dans le point d'eau glacial. Il s'enfonça dans les profondeurs si vite que les auréoles de l'eau eurent à peine le temps de se multiplier à la surface qu'il remontait déjà, trempé, et les traits tordus par une haine farouche.

Alucard éclata d'un rire moqueur, et porta la main au long pistolet d'argent qu'il portait toujours à sa ceinture.

-Tu vois Edward, tu as encore beaucoup de choses à apprendre. Par exemple, tu vois ce flingue? Je l'ai depuis des années. Il m'a servi de nombreuses fois, quand on m'a découvert et qu'il m'a fallu effacer toute trace de ces humains dérangeants... Si je voulais, je pourrais te tuer d'une seule balle. Certaines armes peuvent trouer la peau d'un vampire et causer des dégâts irrémédiables, celle-ci en fait partie. Et pourtant, on se connaît depuis longtemps... Jamais je ne l'ai utilisée contre toi. Fais attention, je pourrais ne plus avoir envie de supporter tes simagrées d'adolescent, un jour.

Sorti de l'eau, Edward fixa un long moment le pistolet, puis Alucard.

-Personne ne m'en a jamais parlé, murmura-t-il enfin.

Ses vêtements lui collaient à la peau, moulant parfaitement son corps finement musclé. Même pour Alucard, la vision était inédite; jamais, malgré le nombre impressionnant de décennies qu'il avait passées à côtoyer des vampires tout plus beaux les uns que les autres, il n'avait vu corps si parfait.
Parfois, il paraissait difficile à croire que ce corps lui appartenait...

-C'est parce que je suis le seul à le savoir. Et aussi le seul à qui cette arme obéit. Donc si jamais il prenait l'envie à quelqu'un de m'en déposséder, ce serait parfaitement inutile. Dans les mains de quelqu'un d'autre, ce n'est rien d'autre qu'un vulgaire revolver.

La déception fut si violente qu'Edward ne put s'en cacher; il leva sur Alucard un regard démuni, et soupira lourdement en s'avançant rapidement vers lui.

-Dommage. Il y a bien des vampires dont j'aurais aimé me débarrasser...
-Dont un certain clan en Italie, c'est ça?
-On ne peut rien te cacher, sourit Edward.

Ils étaient face à face, parfaitement seuls au milieu de nulle part. Ils avaient l'habitude de se retrouver ici, l'un comme l'autre n'auraient raté leurs rendez vous pour rien au monde, et pourtant... A chaque fois, le sentiment qu'ils éprouvaient lorsque leurs corps étaient trop proches les stupéfiait. C'était à la fois destructeur et immensément jouissif. Rien d'autre n'avait plus d'importance... Ils pouvaient tout se dire, tout se confier, tout oser, parce que tous les deux appartenaient à la même race d'indestructibles.

Leurs mains se cherchèrent dans l'obscurité. Ils y voyaient comme un humain en plein jour, mais n'avaient aucune envie de se quitter des yeux, aussi leurs caresse furent-elles maladroites avant qu'ils ne se trouvent. Insensiblement, ils se rapprochèrent l'un de l'autre; de la tension qui régnait entre leurs deux corps résultait un silence parfait. A cause de ce magnétisme irréel, la forêt entière préférait se taire. Aucun animal ne se fit entendre, pas plus que le simple bruissement des branches dans les hauts arbres.

Leurs lèvres, si proches, s'écrasèrent si violemment l'une contre l'autre qu'un mortel aurait peut-être eu le squelette déformé, alors que l'impatience de leur désir n'imprima à leurs corps figés qu'un feu immense, un véritable incendie des sens. Bouche contre bouche, langue contre langue, ils reculèrent jusqu'à un arbre. Alucard menait la danse; serrant contre lui le corps frémissant d'Edward, il le cogna délibérément contre un de ces chênes centenaires qui se dressaient autour d'eux. Sous la violence du choc, un grincement terrifiant emplit tout à coup l'espace sonore vacant. Les deux vampires s'arrêtèrent net. Les lèvres et les yeux brillants, ils échangèrent un regard interrogatif mais très vite, eurent la signification de ce bruit étrange; sous leurs pieds, les racines de l'arbre se détachaient nettement de la terre. Ce grincement effrayant, c'était le cri de terreur d'un arbre qu'on arrachait à sa terre.

-J'y crois pas, souffla Edward en se reculant précipitamment. Tu m'as fait déraciner un arbre!
-C'est bon, c'est qu'un arbre, on va pas en faire une maladie. A moins que tu ne comptes te racheter une conduite en te comportement de manière exemplaire avec chaque végétal, aussi? Le railla Alucard en baissant son chapeau à bords larges sur ses lunettes épaisses.
-La ferme.

Ils reculèrent encore, échappant aux griffes des racines immenses qui soulevaient des pans entiers de terre. Quelques animaux s'enfuirent en courant, Edward les suivit d'un ½il intrigué.

-Tu veux chasser? Se moqua encore une fois Alucard.
-Des lapins? Ricana Edward. Ce ne serait qu'une goutte d'eau dans un verre.
-Si tu as soif, je connais un coin super.
-N'insiste pas Alucard. C'est non.
-Bah, tu ne sais pas ce que tu rates.

Alucard passa sa langue sur ses dents acérées qui, par un caprice de la lune, brillèrent à la faveur d'un rayon. Isolés du reste du monde, ils regardèrent avec un intérêt décroissant le déracinement lent et bruyant de l'arbre qui se penchait de plus en plus en arrière.

-Bon. On peut toujours aller chez moi, suggéra soudain Alucard, bras croisé, alors que l'arbre virait dangereusement sur la gauche et s'approchait d'un de ses congénères.
-Pour quoi faire? Fit naïvement Edward tout en connaissant la réponse.
-Je sais que tu lis dans mes pensées, alors n'essaie pas de faire semblant.
-Sauf quand tu contrôles tes pensées, comme là. Tu dois d'ailleurs être le premier à réussir à... A ne penser à rien.
-On fait la même chose toutes les nuits. Sauf que ce soir, on va faire ça dans mon cercueil.
-Un cercueil! L'angoisse!
-Ce n'est pas parce que tu n'as jamais besoin de dormir qu'il en est de même pour moi.
-Tu as besoin de dormir?

Stupéfait, Edward croisa les bras et détourna son regard de l'arbre. Chose étrange, à la seconde où il s'intéressa à Alucard, tous les bruits alentour s'estompèrent à son oreille.

-On n'est pas tous fait pareil, soupira Alucard. Tu as la chance d'être éveillé constamment, mais personnellement je reste dans un cercueil une grande partie de la journée. Et je ne peux pas non plus sortir en plein soleil, contrairement à toi. Alors, mon cercueil te tente ou pas?
-J'ai le choix?
-Absolument pas. Je suis plus fort que toi, et je te baiserai que tu sois d'accord ou pas.

Un sourire étincelant éclaira les traits féroces d'Alucard; secouant la tête en masquant un sourire amusé, Edward poussa un cri de surprise lorsque le vieux vampire s'élança d'un pas vif et ultra rapide vers le c½ur de la forêt.


~ Les Ailes des Ténèbres ~

Bien des heures plus tard, Edward se tenait debout devant une grande fenêtre aux rideaux ouverts. La lune et les étoiles étaient à présent dégagés; à la lueur des astres nocturnes, sa peau scintillait doucement, comme un diamant dans la pénombre. Ses vêtements masquaient les quelques bleus qui marbraient sa peau, conséquence de la passion un peu trop violente qui les avait unis, Alucard et lui. Il se massa le poignet en grimaçant légèrement, l'os encore endolori par la poigne puissante du vampire aux yeux rouges.

Ce dernier s'avançait justement vers lui, émergeant à pas mesurés du coin obscur dans lequel il était caché depuis quelques minutes.

-Tiens donc, un vampire pensif. On aura tout vu.

Les pensées d'Alucard résonnèrent dans l'esprit d'Edward aussi nettement que s'il s'était agit d'une voix humaine. Souriant, il se retourna et fit face à son amant sans ciller.

-Tu n'es jamais pensif?
-Laisse moi réfléchir... Non.
-Tes nuits doivent être bien longues, alors.
-Oh, ne t'en fais pas pour moi, répondit Alucard à voix haute. Je trouve toujours de quoi m'occuper.

Edward n'eut même pas besoin de le regarder pour deviner les souvenirs sanglants qui se dessinaient sur l'écran des pupilles du vampire. Dégoûté, il lutta contre ses propres souvenirs. Des scènes de mort et d'assassinat où le sang ne coulait que par lui, et uniquement pour lui...

Il allait répondre d'un ton cinglant à Alucard, lorsque qu'un bruit mat se fit soudain entendre à côté d'eux. Aussi surpris l'un que l'autre, ils se retournèrent à la vitesse de l'éclair, avec la souplesse de félins, s'attendant à trouver un autre vampire juste derrière eux; mais aucune odeur ne venait troubler l'air. Il n'y avait pas plus de présence dans la pièce que tout à l'heure; mais lorsqu'Alucard baissa les yeux par terre, intrigué par une tâche noire qu'il ne se souvenait pas avoir déjà vue sur son tapis d'un rouge incandescent, il fronça les sourcils sans comprendre.

-Tu as ramené un bouquin avec toi?
-Quoi? Non, bien sûr que non, pourquoi?

Edward suivit son regard, et fronça les sourcils à son tour. A ses côtés, Alucard retroussa ses lèvres sur ses gencives et grogna comme une bête furieuse, portant sa main à sa ceinture en regardant autour de lui avec une acuité surhumaine.

-Il n'y a personne, conclut-il après avoir fait le tour de la pièce en laissant derrière lui une traînée rouge.

Sa cape flottait encore dans son dos lorsqu'il reparut aux côtés d'Edward, ses cheveux dénoués en bataille sur ses épaules.

-Personne que tes sens surdéveloppés ne peut repérer, ricana alors une voix d'outre tombe, sortie de nulle part.

Immédiatement, Edward et Alucard se mirent en position de combat. Jambes repliées, dents étincelantes et prêts à frapper. Alucard tenait en main son énorme revolver d'argent, ainsi qu'une seconde arme de main qui paraissait fragile dans sa poigne puissante.

-Montre toi, lâche, gronda Alucard en regardant partout autour de lui.
-Bien! S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir!

La voix était extrêmement grave et pourtant, dans le même temps, les ricanements qu'elle imprimait à chaque inflexion montaient dans les aigus. S'ils avaient pu avoir peur, ou s'ils n'avait tout simplement été que des mortels, Edward et Alucard auraient probablement fui en courant ou auraient hurlé pour se défaire de cette voix.

Dans un souffle d'air, une créature immense traversa alors le plafond pour rester en suspension dans la pièce principale, ses ailes gigantesques battant l'air pour demeurer en suspension.

-Qu'est-ce que c'est !? S'écria Edward, se laissant aller à cette unique réaction d'étonnement alors qu'Alucard avait déjà tiré deux coups de son revolver d'argent, et deux autres de son arme de poing.

Les deux balles traversèrent la créature comme de l'eau. Les yeux de la chose, globuleux et d'un rouge intense cerclé de jaune, se fixèrent sur eux, tels une sentence de mort.

Très étrangement, la chose était habillée. Elle portait une sorte de combinaison de tissu noir, et une ceinture à laquelle pendait ce qui ressemblait à un chapelet, ainsi qu'un petit livre à couverture noire. Elle était immense, semblait occuper tout l'espace. Elle paraissait également ne pas avoir de peau; comme si ses traits faciaux et physiologiques avaient été à même le squelette, la créature était d'un blanc laiteux. A ses oreilles, de nombreuses boucles d'oreilles; toutes, des têtes de mort.

-Un Shinigami, souffla Alucard sans trop y croire.
-Un quoi?
-Je suis Ryuk, Dieu de la mort, se présenta alors la créature en éclatant d'un autre de ses rires inquiétants.
-Dieu de la mort, hein...

Alucard sembla enfin se détendre. Rangeant ses pistolets à sa ceinture, il haussa les épaules et s'avança vers Ryuk en arborant un de ses fameux sourires de tueur.

-Pas de chance, mon vieux. Tu viens de tomber sur deux immortels.
-Oh! Ça je le sais, le rassura Ryuk en souriant.

Son sourire était presque aussi effrayant que son rire; sa bouche aux dents ébréchées exhalait une odeur terrible, relents de chair brûlée et de moisissure.

Ce faisant, le Shinigami pointa une de ses longues mains squelettiques sur le haut du crâne d'Alucard. Ses doigts brillaient de mille feux, dû aux innombrables bagues à tête de mort qui les ornaient.

-Je ne vois pas votre durée de vie. D'ordinaire, seuls les Shinigami sont dotés de cette capacité.
-Alors pourquoi es-tu là?
-Tu vois ce cahier?

Plus vif que l'éclair, Edward l'avait déjà ramassé. Il l'ouvrit à la page de garde, et commença à lire les petits caractères qui y étaient inscrits.

-C'est une blague? Fit-il en ricanement doucement.
-Absolument pas.

Ryuk secoua la tête pendant qu'Alucard reculait au niveau d'Edward pour jeter à son tour un coup d'½il sur le livre.

-Tu peux tuer n'importe qui avec ça.
-Reprends ta machine à tuer, ordonna Edward en tendant le cahier à Ryuk. Aucun de nous n'en a besoin.
-Parle pour toi! Rétorqua Alucard, une lueur intéressée brillant dans son regard. Imagine tout ce que nous pourrions faire avec une arme pareille...

Il allait reprendre la cahier à Edward lorsqu'un nouveau bruit inattendu se fit entendre, mais dehors cette fois, comme un battement d'ailes gigantesques.

-T'as ramené d'autres copains avec toi? Interrogea Alucard, aussi froid que la glace.
-Pas à ce que je sache.

Ils se tournèrent tous vers la porte d'entrée ; à vrai dire, Ryuk se dévissa le cou plus qu'il ne se tourna, la pièce, bien que grande, n'offrant qu'un champ restreint de mouvements pour qu'il puisse se tourner malgré sa souplesse.

Sur le seuil, un humain. Le regard d'Alucard s'alluma, le sang de ses yeux irriguant son cerveau pour atteindre ses instincts de tueur; mais la seconde suivante, il se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Dérangé, il chercha quelques instants ce que ça pouvait être avant de s'en rendre compte: cet homme n'avait pas d'odeur, exactement comme Ryuk.

-Qui c'est, encore? S'agaça-t-il, incapable de se contenir plus longtemps.
-Ryuk, tu n'as rien à faire là.
-J'ai bien le droit de faire tomber un cahier dans le monde des humains...
-Oui, mais dans ce cas ledit cahier ne peut être remis qu'à un humain.

L'homme s'avança encore; Edward et Alucard retinrent leur souffle, impressionnés malgré eux par la majesté qui se dégageait du visage et des attitudes du nouveau venu. Ses traits étaient si fins qu'ils en étaient presque féminins; dans le même temps, ses yeux fendus en amande, son long visage anguleux et son torse à demi découvert ne laissaient aucun doute sur son sexe. Ses cheveux, d'un vert pâle tirant presque le bleu, tombaient au niveau de ses clavicules et lui chatouillaient la joue et le front.

-Donne moi ce cahier, ou laisse le tomber là où un humain pourra le trouver.

Il tendit la main. Un éclair d'argent fusa sous les yeux, et pour cause; le bras gauche de l'homme était entièrement artificiel, fait d'un métal argenté aux jointures blanches puissantes. On devinait que ces mains auraient facilement pu broyer le tronc d'un arbre si l'homme l'avait voulu...

-C'est bon, je vais le reprendre, grogna Ryuk avec mauvaise humeur.

Ses iris rouge se rétrécirent, laissant plus de place au jaune lorsqu'il attrapa le livre qui pendait au bout du bras d'Edward.

-Je le voulais, moi, protesta Alucard à l'adresse du nouveau venu.
-Peut-être, mais vous disposez déjà de toutes les armes nécessaires à vos assassinats. Vous êtes faits pour tuer. Un cahier vous serait aussi utile qu'une feuille d'arbre.
-Hmpf, ronchonna Alucard.
-Qui vous êtes? S'enquit soudain Edward, méfiant.
-Je me nomme Folken Fanel. Je suis le maître des Shinigami.
-Depuis peu, ne put s'empêcher d'ajouter Ryuk, qui voyait manifestement d'un mauvais ½il le fait d'avoir un maître qui pouvait lui remonter les bretelles.

Après s'être assuré que le Death Note avait bien été récupéré par Ryuk, Folken tourna les talons et s'éloigna vers l'extérieur d'un pas tranquille.

-Bon, salut, marmonna Ryuk sans plus de cérémonie.

Il traversa de nouveau le plafond, ses ailes battant l'air pour lui permettre de prendre plus d'envol.

-Laisse le à quelqu'un avec qui tu pourras t'amuser, lui conseilla Alucard avec un sourire mauvais juste avant que le Shinigami ne disparaisse pour de bon.
-Compte sur moi! S'esclaffa Ryuk.

La seconde suivante, il était parti; et Edward s'en allait à son tour, sans un mot d'adieu à l'adresse d'Alucard qui ne s'attendait pas à moins de sa part.

Désireux de profiter du reste de sa nuit, il sortit sur le perron de la maison. Là s'allongeait le c½ur d'une forêt millénaire dont il avait fait son terrain de jeu; chaussant ses yeux rougeoyants de lunettes épaisses, il courut à travers bois pour soulager la tension assoiffée qui courait dans sa gorge.

S'il avait levé les yeux vers le ciel d'un noir d'encre, il aurait pu remarquer Folken, dont les ailes couleur de la nuit battaient doucement l'air, semant des plumes majestueuses derrière lui, dont le visage souriant et tourné face à la lune promettait que bien des histoires encore allaient être écrites avant qu'enfin, peut-être, ses tourments ne s'apaisent dans un souffle...


Owari
Cactus

# Online seit Samstag, 20. Juni, 2009 um 08:09

Nouvelle fic!

Nouvelle fic!


Oui, oui, déjà! J'en reviens pas non plus figurez vous! XD Faut croire que c'est bon signe! En tous cas elle me va faire du bien cette fic ^__^



Titre: Sa raison d'être
Auteur: Cactus
Pairing: Héhé ;)
Genre: PG-13, Drame

# Online seit Mittwoch, 24. Juni, 2009 um 10:07

Sa raison d'être - Chapitre 1

Sa raison d'être - Chapitre 1



Je n'ai de cesse de te chercher dans l'eau, l'air, la terre, le feu. Puisque rien ne disparaît vraiment, alors tu es là, quelque part. Dans cette nature, dans ce monde, sous ce ciel. Et si je devais ne jamais te trouver alors il ne serait pas trop tard pour que je me découvre, moi. Pas trop tard pour qu'en te devinant dans une ombre, un sourire, un regard fugace, un bruissement, de feuillages qui portent encore l'empreinte de nos souvenirs, je comprenne qui tu es, qui je suis, qui nous sommes. Qui nous étions, et aurions pu être. Notre présent existe car je le porte en moi, à chaque instant, au creux de mes sourires et de mes doigts d'entre lesquels file le vent. Nos souvenirs font revivre le passé, rejouent sur l'écran de cette nature immense les scènes de ces baisers que nous avons échangé, de nos confidences à l'ombre rassurante des arbres centenaires, toutes ces choses que nous nous sommes appris l'un l'autre au fil de nos multiples promenades. A chaque fois que je marche dans un de tes pas, je me surprend à sourire. Je regarde l'empreinte invisible que cette trace de pas que tu as laissée voilà des semaines, des mois, bientôt des années, et mon c½ur paraît ne pas connaître ni la distance ni le temps qui passe. Rien n'altère mes sentiments ni mes espoirs, rien ne les abîmera jamais parce qu'ils tissent le fil de mon souffle et de mes sourires... Et parce que ces sentiments sont éternels, je tremble d'émotion à l'idée que nous partagions ensemble un bout d'immortalité.

La campagne s'étendait d'un côté et de l'autre de l'horizon, immense et magnifique. Sur le sentier qu'il parcourait à dos de cheval, Kyo ne se lassait pas de faire errer son regard d'un point à l'autre du paysage, ému par sa beauté, la sérénité qu'il dégageait, et l'éternité qu'il semblait symboliser par le cycle immuable des saisons. A l'ouest, le soleil était bas dans le ciel bleu strié de nombreux nuages. Pâle et timide, il éclairait néanmoins suffisamment pour laisser voir les champs de blé qui frémissaient sous la brise, les quelques épouvantails plantés en plein champ dans l'espoir de faire fuir quelques corbeaux trop gourmands, les sentiers de terre attaqués par la mousse et encore gorgés de la pluie violente de la veille. A l'est, les nuages étaient gris, et encore plus nombreux. Ils se serraient les uns contre les autres, comme pour se réchauffer, et veillaient sur les collines verdoyantes qui se dressaient là, maîtresses et protectrices des lieux. De gros arbres centenaires poussaient à flanc de colline, certains en plein milieu de sentiers, d'autres plus en avant dans la forêt qui s'étirait bien plus loin que le regard pouvait porter. Partout, des effluves d'herbe fraîchement coupée, de fleurs des bois, de nature après la pluie. Entêtant et subtil à la fois, le parfum fit naître un sourire extasié sur le visage clair et strié de rides de fatigue du jeune homme blond, debout sur sa monture, le dos bien droit et le regard admiratif.

-Alors monsieur, je ne vous avais pas dit que ça valait le détour?

A quelques pas de lui, un autre homme, monté sur un cheval à fière allure. Il posait autour de lui un regard plus fier qu'admiratif; sur ses traits fatigués par la rudesse du voyage, on lisait le bonheur radieux de celui qui retrouve sa maison après un long exil. Une fine cicatrice sous sa bouche dessinait le contour boudeur de sa bouche pourtant souriante; ses cheveux, noir corbeau, tombaient lourdement dans son dos et virevoltèrent derrière lui lorsque, s'arrêtant à hauteur de Kyo, il tourna la tête vers lui.

-En effet, acquiesça ce dernier. Tu me l'avais dit, mais... Je t'avoue que j'avais du mal à te croire.

Comme hypnotisé, Kyo ne parvenait plus à détacher ses yeux de ce qui l'entourait. Il avait souvent vu des photos de cette campagne lointaine, on lui avait raconté les merveilles de la nature, chanté les louanges de ce coin de paradis... Mais lui, le garçon de la ville, avait refusé d'y croire. Il avait balayé d'un ricanement dédaigneux tout ce qui n'était pas de béton et d'acier, tout ce qui n'était pas égayé par la rumeur de la ville. Et maintenant qu'il se trouvait là... Il aurait pu demeurer béat un long moment encore, si son cheval n'avait pas manifesté son impatience. Soufflant par les naseaux et raclant la terre sèche, il détacha Kyo de sa contemplation et rompit un charme qui n'avait rien de dangereux. Le blond se pencha sur son encolure, le flatta de quelques paroles et caresses, puis claqua de la langue et le lança un galop sans un regard de plus pour ce paysage de carte postale qu'il avait le bonheur de traverser à dos de cheval.

Immédiatement, son accompagnateur s'élança dans ses traces et ensemble ils remontèrent la vallée en laissant derrière eux, comme seul témoignage de leur passage, un nuage de poussière fine et terreuse.





~ Kare no aru no konkyo ~





C'était la fin d'une longue journée. Assis à l'ombre d'un des quelques cerisiers fleurissant dans le jardin, Shinya goûtait à la délicate moiteur de la campagne, après une journée chaude et ensoleillée. De gros nuages gris s'amassaient à l'ouest. Ils ne tarderaient pas à arriver au dessus de lui, et prodigueraient probablement une ondée la bienvenue aux champs engourdis de chaleur.

Les longues heures de travail au champ avaient été rudes, aujourd'hui. En levant ses fines mains gantées devant son visage buriné par le soleil, Shinya esquissa une grimace de douleur. Ses articulations craquaient, et menaçaient de tomber en poussière s'il osait encore leur demander d'abattre un travail trop lourd. Le résultat de dizaines d'heures passées à récolter le blé mûr dans l'immense champ qui s'étendait dans le domaine familial... Ses bras et son dos, surtout, réclamaient du repos.

Soupirant de douleur, Shinya ferma les yeux en se laissant aller contre le tronc dur et sec du cerisier. Autour de lui, il n'entendait aucun autre bruit que le chant assourdi des oiseaux, quelque part dans le bois non loin de là.
Peu à peu, alors que la détente insufflait à ses muscles une énergie nouvelle, il parvint à se détacher des douleurs de son enveloppe charnelle. Comme chaque soir depuis qu'il avait découvert le calme et la sérénité de cet endroit, Shinya s'oublia dans les limbes d'un monde désincarné où la chair n'existait plus. Les douleurs et la souffrance s'estompèrent dans un souffle, comme emportés au loin par la brise qui murmurait tendrement à travers la campagne. Il était Tout, tout en n'étant plus Rien. Aucun sens, aucune logique ne lui parvenait. Il n'y avait plus rien d'existant pour lui, tout était simplement là, intemporel, immuable, magnifique et exaltant.

Et puis comme toujours, il y eut le douloureux retour à la réalité. Parce que là bas, quelque part, on l'attendait. Parce que l'esprit humain est souvent ainsi fait, et qu'il se refuse parfois à blesser ou simplement décevoir ceux qu'il aime. Shinya savait qu'après cette douloureuse journée, chaque effort lui serait exagérément coûteux en énergie, mais il ne pouvait décemment pas se refuser à les faire.

La souffrance afflua avec une force peu commune dans ses chairs lorsqu'il accepta de s'arracher de son état de béatitude. Ses paupières fatiguées clignotèrent sur ses yeux, hésitant à dévoiler au soleil couchant les iris sombres et étroites qui ne parvenaient à distinguer les alentours qu'à travers un voile flou. Son corps assis en position de tailleurs sous les ombres mouvantes des branches du cerisier fut secoué par un frémissement de surprise et de déplaisir lorsque se réveillèrent à lui tous les inconvénients d'un corps charnel.

Lentement, douloureusement, Shinya se releva. Ses jambes vêtues d'un short de jean coupé dans un vieux pantalon menacèrent de se dérober sous lui, mais il s'appuya contre le tronc sec du cerisier, et essuya son front perlé de sueur avec le bas de son tee-shirt blanc taché de multiples traces de terre.

A quelques mètres de là, en contrebas de ce jardin qu'il appelaient la colline à cause de sa position surélevée, se dressait une immense demeure. Toute en bois foncé, surmontée d'un toit façon pagode d'un rouge qui ruisselait de mille reflets sous la caresse du soleil, elle avait rarement paru aussi majestueuse à Shinya, qui l'habitait pourtant depuis sa plus tendre enfance. Survolant d'un regard peu intéressé les deux derniers étages, qui n'abritaient que chambres et bureaux de travail, il préféra se concentrer immédiatement sur la porte d'entrée et les grandes fenêtres qui ouvraient sur l'intérieur de la pièce la plus vaste de la maison; le grand salon. Cette pièce où ils recevaient les invités les plus prestigieux, où ils côtoyaient certains des grands de ce monde. La pièce où se déroulaient les repas et les réjouissances. La pièce où le monde de la campagne semblait s'estomper l'espace de quelques merveilleuses heures, où la vie n'était plus faite que de mondanités et de futilités, où tous les problèmes s'envolaient grâce à la magie de quelques beaux vêtements et d'éclats de rire délicieux.

Le c½ur soudain plus léger, Shinya balaya d'un regard pressé les alentours, avant d'entamer le chemin qui le mènerait à la maison. Ses longs cheveux châtain volaient derrière lui et sa frange lui retombait sur le front malgré ses efforts pour la ramasser. Il était négligé au possible, un garçon de ferme dans toute sa splendeur: il aurait été impossible pour quiconque de deviner quel personnage se cachait derrière ces vêtements simples et ces traits abîmés de terre. Impossible de se douter que loin d'être un paysan sans le sou, Shinya était en fait l'héritier d'un domaine immense et richissime...

Shinya parcourut les derniers mètres en courant. La terre s'envolait sous ses pas, semant de la poussière derrière lui alors que le soleil continuait sa lente descente dans le ciel ; et dans ce nuage de poussière terreuse se dessinait d'ores et déjà les prémices d'évènements inattendus, qui allaient bouleverser toutes ces certitudes dont, jusqu'aujourd'hui, il était imprégné.





~ Kare no aru no konkyo ~





-Le repas est prêt, monsieur. Mes maîtres ont l'honneur de vous attendre en bas dès que vous voudrez bien descendre.

Au seuil de la porte ouverte, une servante s'inclina profondément. Elle était vêtue de l'uniforme de la maison; une robe noire, aux manches farouchement longues, et au col relevé jusqu'à la gorge. Son tablier d'un rose pâle presque blanc voleta devant elle lorsqu'elle se releva rapidement et tourna les talons sans attendre de réponse, puisqu'elle savait qu'elle n'en recevrait pas.

-Descendrez vous bientôt, monsieur?

Kyo haussa les épaules à l'adresse à l'homme qui lui avait posé la question. Il s'agissait du même homme qui l'avait accompagné jusqu'ici et avait enduré à ses côtés les longues heures à dos de cheval sous un soleil de plomb.

-Je suis déjà prêt, je ne vois pas de raison de les faire attendre.
-Très bien. Je vais le leur annoncer, anticipa-t-il alors en posant déjà sa main sur la poignée.
-Non Kaoru, je ne pense pas que ce soit utile. Ils ont l'habitude de ma famille. Mon père ne prenait jamais la peine de se faire annoncer, je ne vais pas commencer à instaurer une nouvelle tradition, n'est-ce pas?

Kaoru haussa les sourcils, sceptique et plutôt inquiet de cette attitude envers leurs hôtes; mais masquant sa désapprobation, il s'inclina devant Kyo et ne fit aucun commentaire.

Au fond de la suite de chambres qu'on lui avait prêtées pour la durée de son séjour dans la campagne, Kyo achevait tout juste de se préparer, en réalité. Il s'était déjà habillé; un large pantalon noir flottant, un tissu de soie rouge étroitement noué autour de sa taille en guise de ceinture, et une veste noire unie ouverte sur un tricot de corps en coton clair. La réplique exacte de la tenue que son père avait portée voici des années, lorsqu'il était venu ici pour la première fois... Kyo se sentait mal à l'aise dans ces vêtements, mais ne l'aurait avoué pour rien au monde. On attendait trop de lui pour qu'il se permette des familiarités, ou commence à se laisser aller aux plaintes futiles. Cette tenue n'avait rien d'extraordinaire, mais elle lui semblait porter le poids de souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Il se sentait un étranger dans ces vêtements, et il voyait mal comment imposer sa propre personnalité et ses idées à ses hôtes si, d'entrée, il se présentait comme l'apparition de son défunt géniteur...

Lorsqu'il se retourna et fit face à Kaoru, ce dernier eut un mouvement de surprise presque imperceptible.

-C'est incroyable, souffla-t-il pour lui-même.
-Je lui ressemble, n'est-ce pas?

L'air soucieux, Kyo regarda une dernière fois son image dans le miroir. Son intention avait été de s'éloigner le plus possible du souvenir de son père; il savait que ses traits étaient son héritage direct, pour se l'être entendu dire maintes fois depuis des années, mais il avait espéré qu'en essayant de nouvelles choses, peut-être cette ressemblance s'atténuerait. Peut lui importait de faire bonne impression ou pas; de toutes manières, que ses hôtes l'apprécient ou non, leurs familles étaient liées de par le domaine et l'exploitation qu'il abritait. Simplement, il aurait aimé que pour une première fois, on le voit lui, et non pas un spectre de son père revenu du pays des morts. Qu'on oublie qu'il n'était qu'un héritier, et qu'on le respecte pour ce qu'il accomplissait, aussi bien si ce n'est mieux que ce géniteur qui l'avait précédé à ses fonctions.

Pour ce faire, Kyo avait commencé par se teindre en blond; cette nouvelle couleur de cheveux, étrangement, lui conférait une aura plus sombre que celle qui le suivait lorsqu'il était encore brun. Aujourd'hui, ses cheveux retombaient autour de son visage en longues coulées de soleil chaud. Elles accentuaient l'étroitesse de son visage et faisaient ressortir ses yeux sombres, qu'il avait soulignés de noir.
Mais lui-même, en se regardant dans ce miroir suspendu au mur, pouvait deviner aisément les similitudes avec son père...

-Vous ne pourrez jamais gommer votre ressemblance avec monsieur votre père, acquiesça Kaoru. Cependant, aujourd'hui, je crois que vos hôtes pourront facilement voir au-delà. Vous n'avez jamais été aussi vous-même qu'aujourd'hui, si je puis me permettre.

Surpris par cette réponse, Kyo se toucha le visage du bout des doigts. Une boule de nervosité s'enroula dans son estomac, bloquant sensiblement sa respiration.

-Il faut y aller, décida-t-il en se détournant de son reflet.

Inutile de s'y attarder plus longtemps... Cette préparation avait déjà duré trop longtemps.

Près de la porte, Kaoru s'inclina pour exprimer son assentiment. Lui-même n'était vêtu que d'un ensemble veste-pantalon de moindre qualité, et avait rassemblé les cheveux qu'il portait longs en un chignon serré sur le haut de sa tête. Ensemble, ils parcoururent d'un pas mesuré les couloirs de l'immense demeure, tâchant d'absorber les craintes et les angoisses de Kyo dans des discutions futiles et stériles.





~ Kare no aru no konkyo ~





Shinya regardait en face d'un lui d'un air profondément ennuyé. Les yeux fixés sur un point au-delà de l'horizon, il n'écoutait que d'une oreille distraite les plaintes et les récriminations de sa mère, là bas derrière, au fond de la pièce. Près de lui, son père tentait de la calmer, mais d'un ton indifférent qui semblait dire combien il savait que ses efforts étaient inutiles.

-Où est-ce qu'il passe encore sa soirée? Mais qu'ai-je fait au ciel pour mériter un garçon pareil?
-Il vaut sûrement mieux qu'il soit absent, intervint le père de Shinya en lançant un regard plaintif à ce dernier.
-Quoi? Glapit sa mère en avalant d'un éclair la distance qui les séparait.

Cette fois, il aurait été difficile pour Shinya de les ignorer; ils se trouvaient tous les deux si près de lui que même sans réellement écouter ce qui se passait, les mots étaient jetés si fort qu'il les entendait quand même.

-S'il avait été là, il aurait tout fait pour mettre la soirée en l'air, acquiesça-t-il alors en se tournant vers sa mère.

Cette dernière, son visage délicat maquillé délicatement et sa silhouette petite et mince mise en valeur par une robe de gaze vaporeuse serrée à la taille par un fourreau corseté, le considéra un instant d'une expression outrée. Mais rapidement, ses sourcils et sa bouche se détendirent et elle haussa les épaules, lasse de se préoccuper sans cesse de son fils aîné.

-Il aurait quand même été de bon goût qu'il soit présent ce soir. Il sait parfaitement tout ce que nous devons à la famille Niimura...
-Sans eux nous n'aurions rien, renchérit Daichi, le père de Shinya. Nous serions encore de pauvres paysans à la tête emplie de rêves .
-Je suis là de toutes façons. Tout le monde oublie mon frère.
-C'est vrai, sourit sa mère. Tu remplis ton rôle de fils à merveille.

Un éclat de fierté brilla dans ses yeux; un court instant, elle se laissa aller à un geste d'affection et prit son fils dans ses bras. Les vêtements de Shinya émirent un bruissement soyeux entre ses bras, il ne put s'empêcher de le lisser du plat de la main lorsqu'elle le relâcha et lui sourit.

Ce n'était pas qu'il tenait particulièrement à cette tenue; il en avait plusieurs du même genre, mais n'avait pas l'intention de faire mauvaise impression d'entrée en apparaissant négligé à leur invité. Surtout en sachant à quel point ses parents comptaient sur lui... A quel point le lien entre leurs deux familles était important...
Shinya avait beau faire le fier, il tremblait comme une feuille à l'idée du rôle qu'il l'attendait auprès du nouveau chef de la famille Niimura. Ce rôle qui lui incombait en tant qu'aîné de la famille était à la fois terriblement angoissant et formidablement exaltant. Tout un univers s'ouvrait à lui à présent...

Mais il ne servait à rien de sortir ses plus beaux habits dès la première rencontre. Ce soir, ce n'était rien qu'un dîner; ce soir n'était qu'un repas comme tant d'autre. Aussi n'avait-il revêtu qu'un pantalon de soie blanche, et une veste noire aux manches bouffantes. A côté de la tenue magnifique de sa mère, il passait presque pour un domestique... De fait, il s'agissait là de l'effet escompté. Malgré tout ce qu'on attendait de lui, il n'était au fond qu'un exécutant; le plus important était que ses parents fassent bonne impression sur leur hôte. Si quelque chose se passait mal, personne savait ce qu'il adviendrait d'eux alors. Car le domaine avait beau leur appartenir, sans l'appui de la famille Niimura ils ne seraient rien d'autre que de simples paysans...

Shinya souffla doucement, dans l'espoir d'ôter la boule de nervosité qui roulait dans son estomac comme une balle de tennis. Mais la tension dans son ventre demeurait la même, et augmentait même à mesure que les minutes passaient. Ses parents chuchotaient entre eux précipitamment, il pouvait sentir leur nervosité et les regards angoissés qu'ils posaient sur lui. Cette pression était insupportable.

Et enfin, il y eut un mouvement près de la grande porte de la salle immense; Un homme en pantalon et veste noire, les cheveux rassemblés en un chignon sévère, passa les portes et s'inclina profondément devant eux.

-Famille Terachi, veuillez s'il vous plaît faire preuve de clémence envers mon nouveau maître, Kyo Niimura, fils de Takeshi Niimura, et acceptez nos remerciements pour votre chaleureux accueil.

Il ne s'agissait en aucun cas d'une formule destinée à rabaisser Kyo aux yeux de ses hôtes, mais simplement de l'usage lorsqu'un nouveau maître faisait son apparition dans une maison liée à sa famille.

Le c½ur de Shinya battit soudain plus vite, tant il était pressé de voir enfin à quoi ressemblait ce Kyo. Néanmoins, se pliant à l'usage, il s'inclina doucement devant Kaoru pendant que son père le remerciait et lui souhaitait la bienvenue. Tout de suite après, Kaoru s'écarta de la porte et Kyo entra, arborant un air sévère et concentré.

-Monsieur Niimura, le saluèrent Shinya, Daichi et Mari.
-Famille Terachi, répondit Kyo en écho.

Ils se courbèrent les uns devant les autres au même niveau; les fois suivantes Kyo n'aurait pas à s'incliner aussi bas mais pour une première fois, il leur devait ce respect.

Au grand soulagement de Kyo, le repas se déroula sans encombres. Grâce à ses efforts pour se détacher au maximum du physique de son père, les Terachi semblaient avoir compris d'emblée qu'il comptait marcher dans ses pas sans pour autant les suivre au centimètre près; de plus, l'ambiance à table était plutôt détendue et bon enfant, grâce aux quelques invités de la famille qui égayaient la conversation lorsqu'elle paraissait être sur le point de s'achever.

Deux heures plus tard, enfin, il put se faire excuser et sortir de la pièce sans paraître malpoli. Son dos lui faisait un mal de chien à force d'avoir du se tenir parfaitement droit sur sa chaise, et une migraine horrible compressait son crâne entre dans sa tête.
Il suivait une domestique sans lui prêter grande attention, tout empressé qu'il était de se débarrasser de ses vêtements et de s'allonger sur son lit pour sombrer dans un sommeil réparateur; néanmoins, au détour d'un couloir, il dépassa une silhouette familière qu'il ne prit pas la peine d'essayer de regarder de près. La fatigue pesait des tonnes sur ses muscles, tout ce qu'il demandait était du repos.

-Monsieur Niimura?

La voix, timide et claire, ne le frappa qu'avec un temps de retard. Il tourna la tête en retenant une grimace de douleur, puis plissa les yeux et haussa les sourcils en reconnaissant la silhouette haute et mince du fils Terachi.

-Oui?

Il s'arrêta au beau milieu du couloir pendant que Shinya s'avançait vers lui, souriant nerveusement. Il se tordait les mains pour se donner une contenance, mais soutenait son regard sans problèmes. Comme ils avaient le même âge, Kyo ne s'en offusqua pas; de toutes manières, il avait en horreur tous ces protocoles qui imposaient une certaine conduite face à des personnes spécifiques.

-Je suis désolé si je vous dérange, mais j'aurais aimé vous parler en privé.
-Ah?

Kyo essaya de deviner quelle pouvait en être la raison; peut-être était-ce la fatigue ou bien le simple manque de discernement... Il n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait bien amener le fils Terachi à vouloir lui parler seul à seul. Avait-il des raisons de refuser? Aucune.
Devant lui, Kaoru et la domestique attendaient patiemment, l'air poliment intéressés par la discution sans réellement avoir l'air de l'écouter. Néanmoins, lorsqu'il interrogea le jeune homme du regard, Kyo crut y décerner un éclair d'inquiétude.

-Bon...

Il jeta un coup d'oeil vers sa suite, se demandant obscurément si elle était suffisamment bien rangée pour qu'il puisse inviter Shinya à l'y suivre. Dans son souvenir, il l'avait laissée dans un ordre plutôt acceptable... Mais quand bien même... Etait-il réellement de bon ton de l'inviter directement dans sa suite?

-Et si on allait discuter dehors?
-Bien sûr.
-Très bien.

Kyo se racla la gorge tout en tentant de faire abstraction de son mal de tête. Il se tourna vers Kaoru et lui fit signe de partir sans lui. Resté seul, il sourit nerveusement à Shinya et le suivit sans un mot dans les couloirs, le regard perdu dans les reflets cuivrés de la chevelure châtain du jeune homme.

Dehors il faisait chaud, et le jardin était éclairé par des dizaines de petites lanternes qui dessinaient comme des lucioles sur la pelouse sombre. Kyo ôta sa veste et remonta les manches de son tissu de corps sur son bras tout en marchant d'un pas tranquille aux côté de Shinya, toujours silencieux. Ce dernier jouait nerveusement avec une mèche de ses cheveux, sans oser prononcer un mot. Sentant qu'ils pouvaient marcher ainsi indéfiniment, Kyo prit l'initiative de briser ce silence gênant.

-Le repas était délicieux.
-Oui, je trouve aussi. Notre cuisinière s'est surpassée.
-J'irais la remercier demain.

Shinya lui lança un regard intrigué mais ne fit pas de commentaire; cependant, Kyo le vit parfaitement et ne put retenir un sourire amusé.

-Quoi?
-Rien, je... Je me disais que vous êtes différent de votre père. Jamais il n'a remercié le personnel de quoi que ce soit.

Kyo hocha la tête, l'esprit soudain obscurcit par le souvenir de cet homme qui l'avait élevé et aimé, avant de lui léguer le rôle de chef de la famille. Baissant les yeux sur le chemin sombre et terreux, il lutta contre la tristesse et la colère sans dire un mot, les lèvres si serrées qu'elles ne formaient plus qu'une ligne très fine sur son visage.

-Désolé de parler de votre père, souffla alors Shinya. Je suppose que ce n'était pas très adroit.
-Non, c'est vrai, répondit Kyo d'une voix assourdie par ses émotions. Mais ce n'est pas grave.
-Et puis je ne voulais pas vous voir pour parler de votre père.
-Pour quoi, alors?

Ils s'arrêtèrent soudain de marcher. Face à face dans le jardin, masqués à tous les regards par l'angle de la maison qui se dressait derrière eux, ils auraient pu faire et dire n'importe quoi sans que cela ait de conséquences. Ils ne se connaissaient pas et pourtant ils se sentaient une certaine affinité.
Cachant ses yeux derrière sa frange droite, Shinya baissa les yeux, troublé par le regard perçant que Kyo dardait sur lui. On l'avait prévenu, il avait cru être suffisamment préparé mais s'était trompé: le jeune maître de famille était bien plus imposant et impressionnant que ce à quoi il s'était attendu, surtout étant donné son jeune âge. Il y avait dans ses yeux et dans ses attitudes quelque chose qui inspirait tout de suite de la crainte, et du respect. S'il n'y avait pas eu ce lien qui les unissait malgré eux depuis toujours, Shinya n'aurait probablement jamais osé lui adresser la parole.

-C'est à propos de... Nos liens. Vous voyez ce que je veux dire...

Kyo fronça les sourcils un court instant, destabilisé par cette réponse à laquelle il ne parvenait pas à attribuer un sens. La lune et les lanternes autour d'eux éclairèrent le visage fin et délicat de Shinya encore quelques secondes avant que son regard ne s'éclaire, comme dégagé d'une incompréhension pesante.

-Oui, je vois.
-J'aurais voulu savoir... Comment ça se passe. Je veux dire, je sais comment... Comment ça se déroule...

Tout en balbutiant, Shinya s'empourpra. Dans l'obscurité, cela ne se voyait qu'à peine, mais en apercevant un léger voile rouge tacheter ses joues, Kyo eut pitié de lui et mit tout de suite fin à ses souffrances.

-Ne vous inquiétez pas, cela n'arrivera pas avant un bon moment. J'ai beaucoup de choses à me préoccuper avant.
-Merci.
-C'est normal. J'espère que vous n'êtes pas indisposé par cette situation.
-Absolument pas, j'y suis préparé depuis ma naissance. Mais c'est toujours un choc quand le jour vient.
-Je comprends parfaitement ce que vous voulez dire.

Ils demeurerèrent silencieux un instant, savourant la quiétude des environs et la sérénité incroyable qui se dégageait de ce paysage baigné de nuit.

-C'est si calme, ici... Jamais je n'aurais imaginé un monde aussi différent de la ville, confia soudain Kyo en embrassant d'un regard la globalité du domaine.
-Tout le monde aime cet endroit, acquiesça Shinya.
-Je crois que la ville me manquerait si je devais rester ici trop longtemps.
-Je suppose que c'est la même chose pour tout le monde. Quand on est né quelque part, on a beau détester cet endroit, il reste important pour nous.

Ils faisaient face au cerisier, en haut de la colline. Ses branches balayées par le vent émettaient un grondement sourd, comme si le tronc et les branchages se réveillaient avec un jour de veille. Shinya eu du mal à croire qu'il y avait à peine quelques heures de cela, il travaillait dans les champs en tenue débraillée, alors que maintenant il se tenait debout à côté d'un homme si puissant qu'il en avait le tournis, et portait des vêtements qui bien que d'apparence simple coûtaient une fortune. C'était comme un autre monde...

-Je vous raccompagne à votre suite? S'enquit-il auprès de Kyo, soucieux qu'il ne se perde pas dans la maison.
-Non merci, je vais rester encore un peu ici. C'est si beau, j'aimerais pouvoir m'en souvenir toute ma vie.
-Très bien. A demain, alors.
-Oui, à demain.

Shinya n'hésita qu'un instant: il aurait été déplacé et de mauvais ton de rester encore auprès de Kyo sans raison valable. Il aurait aimé discuter encore un peu avec lui, cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas croisé un garçon de son âge... Mais il lui fallait rentrer à l'intérieur; il se faisait tard, et les travaux dans le champ reprendraient tôt dans la matinée. Un jour viendrait peut-être où il n'aurait plus à se soucier de ces horaires, mais pour le moment tout ce qu'on attendait de lui était qu'il abatte autant de masse de travail qu'un employé lambda.

Alors qu'il reprenait le chemin inverse à petits pas mesurés, Shinya sentit l'espoir gonflé son coeur de jeune adulte: oui, un jour, il ferait partie de ces personnes qui ne se salissent pas les mains. Un jour il n'aurait plus à obéir à ses parents... Suivre les règles qu'on lui imposait... Il pourrait passer ses nuits dans des soirées, rencontrer des gens, s'enivrer de culture et paresser lorsqu'il ne se sentirait pas le courage de travailler.

Ses pas se firent de plus de plus rapides, et il se retrouva à courir pour rejoindre sa chambre, où il s'étala sur son lit, le dos en croix, les yeux brillants d'étoiles.

Shinya avait confiance en ses rêves. Et si Kyo devait être celui qui l'aiderait à les réaliser, alors il aurait d'autant plus confiance en lui, quoi que cela puisse lui en coûter...




A suivre...

# Online seit Mittwoch, 24. Juni, 2009 um 10:09

De retour après deux semaines d'absence!

De retour après deux semaines d'absence!
ça y est, me revoilà! Vous avez le droit de pleurer de désespoir quelques secondes... Si si, je vous assure, je ne me froisserais pas... J'ai mon eu mon quota d'émotions fortes pour l'année à venir, que ce soit dans le sens positif ou négatif! XD

Donc, je suis de retour de mes deux semaines de vacances Parisiennes! ça me fait bizarre d'être de nouveau ici, assise derrière l'ordinateur, après avoir passé ces deux dernières semaines sans musique ni informatique, ni même chaise confortable d'ailleurs... Je suis cassée de partout et complètement lessivée mais je m'en fous complètement XD

Ce que j'ai vu à Paris?
Dans l'ordre:

- Le périphérique et ses conducteurs tous bons pour l'asile
- Le camping et ses putains de campeurs Allemands qu'il faut TOUS massacrer à la tronconneuse dès que possible
- Des pigeons
- Le RER
- Un Hangar bondé, saturé d'air chaud, rempli de centaines de personnes en colère prêtes à tomber en syncope...
- La Japan Expo
- Les stands de la Japan Expo (^o^)
- L'argent qui file très vite
- Des cosplays géniaux
- Des cosplays pas géniaux
- Des cosplays drôles
- Les Clamp
- Une tente servant de toilettes à des pigeons (Tiens donc, mais c'était la mienne!)
- La Tour Eiffel
- La Seine
- Des asiatiques
- Des pigeons
- Des écrans tellement géants qu'on peut suivre le programme depuis l'autre bout de la rive d'un fleuve
- Des arbres à l'air niais (si, si, PILIP EN FORCE!)
- Des putains de skateurs allemands
- Les galeries Lafayettes
- Les supers soldes des galeries Lafayette (sincèrement, 1600 euros la robe, c'est pas une super solde ça?)
- L'opéra de Paris
- Un terrain de camping dévasté par les skaters pré-cités (franchement, vous trouvez pas ça méga drôle de foutre une table de camping en l'air, d'éviscérer une poubelle, de parsemer la pelouse de canettes de bières vides, et d'aligner des bouteilles vides sur le toit d'une voiture?)
- Des Hollandaises totalement cliché
- Des Hollandaises dépitées (A votre avis, est-ce qu'elles pensaient que j'allais rester calme quand elles écoutaient du Reggae et de la Trans à fond à un mètre moi juste pour se donner en spectacle devant les autres campeurs?)
- L'arc de Triomphe
- Les Champs Elysées
- Le Lido
- La Fnac des Champs Elysées (50 euros le cd de D'espairsRay, ça c'est de la bonne affaire!)
- Le Virgin des Champs Elysées (qui devrait sérieusement penser à se refournir en J-Music...)
- Montmartre, en long et en large (Bien malgré moi...)
- Le Sacré Coeur (malgré moi aussi...)
- Pigalle (Encore malgré moi... Mais qui a dit que se planter de métro était une galère?)
- Des Sex shops
- Un Sexodrome
- Des Visualeux énervants
- Des Visualeux pas énervants
- Des gens trop lookés
- Des gens parfaitement lookés
- Des touristes éberlués
- Le Hard Rock Café (Enfin!)
- Un taxi parisien noir
- Hizumi qui sort de ce même taxi
- Tsukasa
- Karyuu (C'est quoi cette bonne blague qui fait que je n'ai pas vu Zero?)
- L'intérieur du Hard Rock café
- L'étage du Hard Rock café
- Les goodies de la dédicace (Et un poster géant pour moi, un!)
- Hizumi et son accent anglais
- Tsukasa, sa blondeur et sa poigne de fer (il m'a broyé la main ô.O)
- Karyuu, ses cheveux attachés en queue de cheval et ses lunettes
- Zero, son sourire, ses fossettes... Et son "Bonjour" trop mignon!
- Les dédicaces de D'espairsRay sur mon tout nouveau poster
- La file d'attente de la Cigale
- Les passants et leurs appareils photo...
- Deux folles qui imitaient le T-Rex (bien sûr que j'étais une des deux, non mais oh, je sais que j'ai été absente longtemps mais je suis une folle, vous vous souvenez?)
- Des gens trop lookés (oui, encore)
- Des pigeons
- Des poubelles pleines à craquer
- L'intérieur de la Cigale
- Un rideau rouge
- Un rideau rouge
- Un rideau rouge
- Un rideau rouge
- ...
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
-...
- Un public de malades mentaux
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- Un public de malades mentaux
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- D'ESPAIRSRay
- Le métro la nuit
- Paris la nuit
- Le bus la nuit
- Un terrain encore dévasté par des putains de skateurs de mes deux (mais que c'est drôle de renverser une table et d'étaler du linge sale sur le pare brise de la voiture!)
- Des allemands bourrés et à flinguer
- Un terrain vidé...
- Le chemin du retour!



Donc voilà... Bilan très positif... Et très négatif... Tout dépend du point de vue sur lequel on se base!
En tous cas je suis contente d'être rentrée. Encore très choquée d'avoir vu D'espairsRay aussi bien pendant deux jours, mais contente! XD

Je ferais ma review du concert plus tard. Là j'ai la tête remplie de trucs à faire, et de nouvelles... Tout ce qui peut se passer en deux semaines d'absence, c'est dingue... Si encore c'était des nouvelles réjouissantes, je dis pas... Enfin bref. A la prochaine tout le monde!

# Online seit Mittwoch, 15. Juli, 2009 um 10:02

Geändert am Mittwoch, 15. Juli, 2009 um 10:15

Setlist D'espairsRay à La Cigale

Setlist D'espairsRay à La Cigale

J'ai trouvé la setlist du concert du 13 juillet sur Nautiljon. Merci beaucoup à la personne qui l'a faite! <3

Lizard
REDEEMER
Trickster
Grudge
Scissors
Kouhaku
Sixty Nine
Desert
Infection
Masquerade
Angeldust
Mirror
Paradox 5
Garnet
Horizon
Screen
Bullet
Yozora
Kamikaze

~RAPPEL~

Born
Hollow
Fuyuu Shita Risou
Forbidden



Inutile de préciser, donc, que le concert était énorme... Si l'on excepte le fait que j'aurais adoré avoir Reddish, je trouve la setlist parfaite!! Forbidden, quoi ^o^ Et aussi en bonus Totoro joué à la flûte par Tsukasa!! Bref j'en dirais plus après, là je n'ai toujours pas le courage de faire une review un tant soit peu organisée...

# Online seit Donnerstag, 16. Juli, 2009 um 09:35