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Boys don't cry - Chapitre 6

Boys don't cry - Chapitre 6
Dis-moi que ce n'est qu'un rêve... Qu'avec toi mes peurs s'apaiseront et que la vie enfin me sourira...
Mais tu es le seul à oser étirer tes lèvres comme il le faut, le seul à croire en moi, le seul à me réconforter et à me tenir la main.
Je t'aime parce que tu es ma chair et mon sang, mais aussi et surtout parce que si je t'ai donné la vie, tu m'as rendu la mienne. Peut importe mon enfer... Dès que je refais surface, même un court instant, je sais que tu es là et que je peux compter sur toi. Ne te sens jamais coupable de mes fautes, elles m'appartiennent totalement et n'ont rien à voir avec toi.
Certaines personnes sont faibles... D'autres, comme toi, pourraient supporter le poids du monde sur les épaules. C'est un don précieux et merveilleux, Dieu comme je te l'envie.
Dis-moi qu'un jour nos rêves deviendront réalité...
J'y crois toujours, intensément et de toutes mes forces, jusqu'à ce que ma main tremble et que mon corps réclame son dû, l'autre substance nécessaire à sa survie.
Je sais que tu sauras toujours t'en sortir quoi qu'il nous arrive, à toi ou à moi. Je te sais suffisamment fort et indépendant pour supporter tous les fardeaux, toutes les peines, toutes les décisions. Et c'est ça qui m'aide à tenir lorsque mon corps entier hurle de peur pour toi, pour ton avenir et l'image déplorable que je t'offre.
Tu ne liras jamais ces mots, ils sont scellés à jamais, mais j'espère qu'ils atteindront une partie occulte de ton esprit et qu'au fond tu toi, tu les devineras et y croira aussi fort que moi je crois en toi.



La lettre était là. Dans un tiroir du bureau de sa mère, enfoui sous des tas de vieux courriers échangés avec des amis dont il ignorait l'existence.
Die s'était assis sur le fauteuil, ses longs cheveux chatouillant son menton tremblotant. Il avait noté chaque rature, chaque lettre un peu plus hésitante que les autres, chaque faute... Il avait dépecé les mots de leur substance en espérant n'en retenir que l'aspect brut, mais la dimension sémantique prenait le pas sur tout le reste.
Il savait, au vu de l'écriture, que sa mère avait écrit ces mots juste avant une crise de manque. Les effets de la drogue commençaient à se dissiper, suffisamment pour qu'elle retrouve un minimum de conscience, mais étaient encore assez puissants pour que ses idées soient désorganisées et non développées.

Il aurait voulu ne jamais trouver cette lettre. L'ignorer jusqu'à la fin de ses jours. La brûler parmi d'autres papiers sans jamais en soupçonner le contenu.
Trop tard.

-Die ?

Une voix se fit entendre juste à côté et Die frotta précipitamment ses yeux qu'il sentait humides. A peine une seconde plus tard, il souriait chaleureusement à Shinya et l'invitait à rentrer tout en prenant soin de ramener la lettre vers lui pour empêcher que son ami ne soit tenté de jouer les curieux.

-J'ai fini d'écrire ma partie, tu veux bien y jeter un coup d'½il ?
-Ta partie...? Répéta-t-il, l'air un peu hagard.
-Oui. Tu te souviens qu'on travaille sur un exposé ? Ironisa l'adolescent faussement indigné, les mains sur les hanches,
-Désolé j'étais ailleurs, s'excusa le brun en se relevant.

Il enfouit prestement la feuille de papier dans sa poche et précéda Shinya dans l'étage, étonné de constater qu'il se sentait obligé de se tenir à la rampe d'escalier pour ne pas tomber.
Il percevait le regard inquisiteur et brûlant de son ami dans son dos, mais estima préférable de ne lui donner aucune explication sur son comportement. Il n'avait pas beaucoup fréquenté son camarade durant les dernières semaines mais il ressentait une gêne inconsidérée à chaque fois qu'ils abordaient un sujet un peu trop personnel. Sans doute était-ce à cause de la troublante perspicacité de Shinya, ou encore de sa trop sincère compassion à l'égard de chaque épisode de sa vie qu'il pouvait prendre la décision de lui raconter.
Les rares fois où ils avaient débordé des thèmes scolaires pour avoir une discussion plus profonde et plus intime, Shinya avait sourit et une réelle empathie se lisait dans ses yeux sombres.

Cela faisait trop mal, Die ne pouvait pas se le permettre. Il ne voulait pas qu'on le plaigne ou qu'on fasse semblant de le comprendre, il voulait simplement avancer et s'amuser... Passer à autre chose.

Il s'assit à son bureau sans un mot, l'esprit encore trouble, mais se concentra pour lire les notes prises par Shinya pendant qu'il était en bas, dans le bureau, à fouiller parmi les papiers de sa mère sans but précis.

-Alors ? Tu trouves comment ? S'enquit le jeune homme en se penchant par-dessus l'épaule de Die.

Les longs cheveux fins du rouquin coulaient jusque sur l'omoplate de Die et lui chatouillaient le cou. Mal à l'aise, le brun se décala discrètement et hocha la tête afin de lui montrer son approbation.

-C'est parfait, je n'aurais pas fait mieux. Je crois qu'on va avoir une bonne note !
-J'espère bien.

Die se releva et se mit à faire les cent pas dans la pièce, habité par une tension inhabituelle qui l'empêchait de tenir en place plus de quelques minutes d'affilée.

-Autant que tu sois au courant, je compte arrêter le lycée.
-Quoi ?

Presque choqué par la nouvelle, Shinya posa la main sur le dossier de la chaise de bureau et pencha la tête de côté, le regard fixé sur la silhouette en permanent mouvement de Die.

-Pourquoi ? Ajouta-t-il immédiatement.

Die haussa les épaules, le rouge aux joues.

-Je ne m'y sens plus à ma place.
-Mais tu as d'excellents résultats !
-Et alors ? A quoi ça me sert, tout ça ?
-Ils en disent quoi, tes parents ?
-Ils sont d'accord.

Au fond, on ne pouvait pas considérer cette réponse comme un mensonge ; à bien y réfléchir, il était impossible d'affirmer que sa mère y était opposée étant donné qu'elle n'était pas au courant. Qui ne dit mot consent... Quant à son père, il s'était fait la malle à sa naissance et ce n'était certainement pas maintenant que l'adolescent irait le chercher pour lui demander la permission.

-Et qu'est-ce que tu vas faire, si tu arrêtes les cours ?

Die s'immobilisa près de la fenêtre, se mordant les lèvres en cherchant la réponse adéquate.

-Je sais simplement ce que je ne veux pas faire, et les cours en font partie.

Shinya soupira et haussa les épaules, se détournant de Die pour ramasser les feuilles de son exposé sur le bureau et les ranger dans son sac.

-J'espère au moins que tu viendras pour l'exposé.
-Je ne vais pas te laisser seul avec un sujet pareil, plaisanta le brun en se tournant vers lui.

Il regarda en silence Shinya s'activer pour boucler ses affaires, puis lui adressa un sourire lorsque leurs regards se rencontrèrent. Son sac sur l'épaule, Shinya sembla hésiter un instant à ajouter quelque chose, mais se ravisa et baissa les yeux.

-Qui est-ce ? Interrogea-t-il en prenant une photographie sous verre posée sur le bureau.

Die s'approcha de lui et regarda par-dessus son épaule. Vaguement mal à l'aise, il lui prit le cadre des mains et le laissa pendre le long de son bras comme un poids mort.

-Mes parents avant ma naissance.
-Ils sont beaux.
-Merci pour eux.
- Où sont-ils, au fait ? Je ne les ai jamais vus.


Die n'hésita qu'un instant. Une étrange lassitude s'était emparée de lui, douce amère et à peine douloureuse. Il ressentait un curieux pincement au c½ur mais rien de plus.... Peut-être était-ce un signe.

-Partis, répondit-il avec un sourire mélancolique.

Il haussa les épaules et replaça le cadre à sa place. Cette photo traînait là depuis des années il n'y avait jamais réellement prêté attention. Elle ornait son bureau, exactement comme un bibelot ; jamais il n'avait essayé de lui accorder une signification ou une place particulière.
En vérité, il en était même arrivé à oublier qu'elle se trouvait là jusqu'à ce que Shinya la voie.

-Tous les deux ? S'étonna Shinya.
-Mon père a quitté le domicile familial à ma naissance, expliqua Die en croisant les bras sur son torse. Ma mère est partie il y a quelques semaines... Ce serait trop long à expliquer.
-Et tu... Tu vis seul ici ?

Shinya n'en revenait pas. C'était une situation à laquelle il était confronté pour la première fois...

-Exact.
-Tu fais comment pour manger, ou payer les factures...?
-Carnets de chèques et carte bancaire ! Je continue de recevoir les aides qu'elle percevait.

Pour moi, tout est exactement comme quand elle était là. Ou presque...

-Je suis désolé.
-Ne le sois pas. Je le vis très bien, moi.

Et le pire, c'est qu'il ne mentait pas. Bien sûr, il n'avait en aucun cas l'intention de se vanter de sa situation familiale, au contraire ; mais il n'avait pas envie de s'attarder sur le passé. Sa mère l'avait abandonné, il n'avait guère eu d'autre choix que celui de partir et la laisser dans ce taudis minable.

-Tu ne te sens pas trop seul, quand même ?
-Pas plus que quand elle était là. Et puis rends toi compte, j'ai la maison pour moi à n'importe quel moment de la journée ou de la nuit !
-Je vois, rit Shinya en se détendant. Tu en profites pour ramener du monde et faire ta vie, en gros.

Die voyait très bien ce que sous-entendait son ami, et c'est vrai qu'il aurait pu en profiter pour se lâcher sur les relations sexuelles et autres plaisirs que la vie familiale bridait jusqu'alors, mais ce n'était pas son genre. Et puis il n'en avait pas encore eu l'occasion, à vrai dire... S'il avait l'occasion de se laisser aller, peut-être alors en profiterait-il. Pour l'instant, la question ne se posait même pas.

-Pas vraiment.
-Allez, me dis pas que tu n'en profites pas pour ramener ici toutes ces filles qui te font de l'½il au lycée ! Le taquina Shinya en lui donnant une tape amicale sur le bras.
-Désolé de te décevoir ! Répondit Die sur le même ton.

Ils éclatèrent de rire et, tout en raccompagnant Shinya à la porte de la maison, Die ne put s'empêcher de remarquer à quel point c'était bon de s'entendre aussi bien avec quelqu'un d'autre que Kaoru. Il avait beau adorer son meilleur ami, parler avec d'autres personnes aussi librement lui procurait énormément de bien...

-La prochaine fois, je te ramènerais tout un camion de jolies filles et tu n'auras plus qu'à faire ton choix, conclut Shinya en sortant sur le perron.

L'air frais le surprit, il resserra le col de son manteau autour de son cou et commença à taper du pied par terre dans l'espoir de ramener un peu de chaleur dans ses jambes tout à coup glacées.

-Mêles-y des beaux mecs on ne sait jamais !

Shinya haussa les sourcils, surpris. Nullement gêné par cette soudaine révélation qu'il n'avait pas préparée mais qu'il ne regrettait pas, Die recula d'un pas comme pour se protéger de la brise fraîche qui soufflait dehors et appuya sa phrase d'un sourire carnassier auquel Shinya répondit par un éclat de rire.

-C'est une façon brutale de me l'annoncer, mais je suis touché que tu m'accordes cette confiance !
-ça ne te pose pas de problèmes ?
-Que tu sois bisexuel ? Non, répondit Shinya au hochement de tête du brun. Personnellement je n'ai même aucune attirance pour les filles, alors c'est dire si je suis bien placé pour te comprendre...!
-Aucune ?
-Aucune, confirma Shinya en souriant.

Il se frotta les bras pour se réchauffer encore, le sourire aux lèvres, et laissa échapper un rire nerveux à la vue de l'expression figée de Die.

-C'est quoi cette tête ? Tu n'as pas le droit de réagir comme ça alors que tu es presque dans la même situation que moi, le taquina-t-il gentiment.
-Excuse-moi...

Abasourdi, Die se passa la main dans les cheveux et secoua la tête comme pour se remettre les idées en place.
Bien sûr que c'était ridicule d'adopter cet air aussi surpris... N'empêche qu'il ne pouvait s'empêcher de penser à cette conversation avec Kaoru, quelque jour auparavant, où il lui avait juré sur les grands dieux qu'il n'avait aucune vue sur Shinya et que de toutes façons, son ami était hétéro.
Sans parler de cette attirance quasi magnétique qu'il ressentait envers lui depuis le début... Tout à coup, elle prenait une autre signification mais y penser lui procurait un étrange sentiment de peur, presque de l'adrénaline.

-Je ne m'y attendais pas. J'étais persuadé que tu étais hétéro...
-Surprise, rit le rouquin. Remarque, tu ne peux pas prétendre que tu n'avais aucun soupçon. Je n'ai pas exactement le profil type du coureur de jupons...
-C'est sûr, renchérit Die. Mais j'en sais rien... Je ne m'étais pas posé la question en fait.

Il sourit sans comprendre le figement soudain des traits de son vis-à-vis.

Au moins me voilà fixé... Pensa aussitôt Shinya, se forçant à sourire mais au fond réellement peiné par cette dernière phrase. Mais crois moi Die, ce n'est pas pour autant que tu ne vas plus m'avoir sur le dos.
Die n'avait peut-être pas de vues sur lui, mais Shinya avait toujours été très doué pour obtenir ce qu'il voulait, et cela n'était pas prêt de changer. Cela prendrait aussi longtemps qu'il le faudrait, mais il parviendrait à son but, il le savait.

-Tu viens au lycée demain ?
-Aucune idée. J'aviserai demain matin au moment précis où mon réveil sonnera...

Shinya eut une soudaine vision de Die allongé sous les couvertures mais secoua la tête pour la chasser immédiatement.

-Si tu te décides, viens à côté de moi pour une fois. Histoire que tes dernières heures au lycée ne se passent pas en solitaire...
-Ok.

Un ange passa, le vent s'arrêta de souffler et Shinya regarda autour de lui comme pour la première fois, ses yeux se posant alternativement sur la route goudronnée et les voitures proprement garées le long des trottoirs.

-Salut.

Il tourna les talons, le rouge aux joues et un sourire jusqu'aux oreilles sous le regard troublé et complètement perdu de Die, là, au seuil de chez lui.


~ Boys don't cry ~

~ Boys don't cry ~



C'était tellement plus facile comme ça... Tellement moins compliqué pour tout le monde, à commencer par lui. Il s'était promis de ne jamais y toucher, promis de ne pas être aussi stupide que les autres et toujours mettre en avant sa force personnelle, se montrer plus résistant que tous les autres...

Mais voilà. Finalement, il était comme eux. Exactement comme eux, lâches et cédant à la facilité.

Il aurait tant aimé avoir le courage de résister, de refuser... Devenir quelqu'un, juste pour avoir réussit à dire « non ».

Au lieu de quoi, il s'était tu et avait hoché la tête. Il s'était vendu au diable une fois de plus, avait abandonné la propriété de son corps et, à présent, celle de son esprit et de sa vie.
Il savait très bien quelle erreur grossière il avait commise. Les grosses larmes formées de la frustration et de la colère qui coulaient lentement le long de ses joues montraient parfaitement à quel point il avait une conscience accrue de sa faute. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher... C'était aussi simple que ça.
Il n'avait pas pu s'en empêcher.

La lumière des étoiles seule illuminait la chambre silencieuse, les ombres des arbres se dessinaient sur le mur d'en face en même temps que les phares des rares voitures balayaient la pièce d'éclairs lumineux incandescents et incendiaires. Un volet claquait à la fenêtre et grinçait régulièrement, battu par le souffle d'un vent glacial. Quelques éclats de voix brillaient au loin, rappels de la vie qui s'écoulait insensiblement au dehors, appartenant probablement à quelques joyeux fêtards qui voulaient prolonger ces instants de bonheur pour quelques minutes encore.

Pourquoi alors n'entendait-il plus rien ? Pourquoi ses oreilles se tendaient-elles vers un silence parfait, glacial et profond, si intense qu'il en devenait angoissant ?
Son c½ur et ses veines palpitaient d'une panique croissante, d'une peur trop lourde pour être supportée sans réaction. Brûlantes et douloureuses, les larmes accomplissaient leur devoir de catharsis et il serrait bravement les lèvres cependant que se dispersaient inéluctablement les derniers effets de la drogue douce qu'il avait acceptée quelques heures auparavant.

Le sommet de son crâne frottait contre la tête de lit mais il n'osait pas bouger, attendant la fin. Un frisson de froid parcouru son corps nu et sec, détendu grâce aux substances illicites qui coulaient dans ses veines ; il cligna des yeux et prit une nouvelle respiration, profonde et bien oxygénée, comme s'il replongeait en apnée.
Et, de fait, il cessa de respirer quelques secondes. Il bloqua son souffle au fond de sa gorge, les lèvres si serrées qu'elles en étaient invisibles, les yeux secs d'avoir trop pleuré.

Un nouveau coup de pilon fit se heurter violemment son crâne contre la tête de lit, il ferma les yeux et s'exhorta à la patience. C'était loin d'être la première fois... Mais ce soir, il détestait ça. Il n'arrivait à rien éprouver d'autre que du dégoût, alors que tant d'autres fois, il avait aimé ce qu'ils faisaient.

-Kyo...

Un râle de plaisir qui creva la chambre de la même façon qu'un coup de fusil. Le corps maigre et musclé de Toshiya au dessus de lui trembla, ses muscles se contractèrent et son pénis fouilla encore plus profondément en lui, à la recherche d'un trésor perdu.

Ses chairs s'écartèrent sous la pression de la verge puissante et obstinée en lui et soudain, ce fut tout. Le sperme de Toshiya jaillit en lui comme d'une source chaude et généreuse, l'emplissant entier d'un dégoût et d'une colère qui l'aveugla un bref instant.

Enfin, seul avec lui-même. Son corps lui appartenait de nouveau tout entier, plus personne pour lui en disputer la légitimité ou l'appartenance.
Kyo roula sur le flanc et s'assit sur le bord du lit, la tête vibrant d'une douleur sourde et l'estomac barbouillé. Sous ses pieds, le plancher était froid et hostile, il se drapa lentement dans un peignoir et sortit de la chambre à petits pas sans un mot, la respiration irrégulière et difficile de Toshiya résonnant avec une force inhabituelle, surtout après ces longues minutes passées sans rien entendre.

Il se rendit jusqu'à la chambre d'amis en traînant les pieds, l'esprit parfaitement vidée de toute pensée, totalement obnubilé et dirigé par la fatigue.

Installé pour la nuit sous ses draps froids et propres, Kyo ferma les yeux sans attendre, pressé d'oublier cette journée, et sombra peu après dans un sommeil réparateur.
Un sommeil sans rêves.


~ Boys don't cry ~

~ Boys don't cry ~



-Allô ?
-Bonsoir.
-Die ! Quelle surprise. Je ne savais même pas que tu avais mon numéro.
-Kyo me l'avait donné quand j'étais encore chez toi. Au cas où.
-Et ce n'est pas lui que tu appelles ? Etrange.
-Je sais... Je ne comprends pas moi-même, pour tout te dire.
-J'espère que tu ne m'as pas encore un service à me demander. Je t'ai dit l'autre fois que c'était la première et dernière fois que je t'aidais à quelque chose et j'étais sérieux. Tu peux te montrer reconnaissant que je ne t'aie rien demandé en échange.
-Je m'en souviens parfaitement, ne t'en fais pas pour ça. J'appelais... Pour parler, en fait.
-Avec moi ? Plutôt étrange pour quelqu'un qui voulait que je ne lui adresse plus jamais la parole il y a à peine quelques semaines de ça.
-Beaucoup de choses ont changé depuis.
-Ouais, de l'eau a coulé sous les ponts comme on dit. Alors ? Que me vaut le plaisir de ton appel à... Une heure du matin ? Tu sais qu'on a cours demain ?
-J'arrête pas de penser à quelque chose qui m'est arrivé cet après midi. Alors je me suis dit... Puisque maintenant on peut dire qu'on s'entend plutôt bien... Ou en tous cas, qu'on se supporte... Que tu pourrais peut-être me donner un conseil.
-T'aider, en gros. Un nouveau service.
-Non, ça n'a rien à voir avec un service.

Silence.

-J'ai fait une erreur. Je vais appeler quelqu'un d'autre, désolé de t'avoir dérangé.
-Non c'est bon, je ne dormais pas de toutes façons. Parle, je t'écoute. Je ne te promets pas d'être de bon conseil... J'aurais essayé, au moins.
-Merci. En fait, il s'agit d'un garçon.
-Je vois. Le monde est petit...
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Toi, moi, Kyo, ce type dont tu parles... On dirait que tout le monde est attiré par les mecs en ce moment. Ça doit être une mode, non ?
-Peut-être. Ou alors, il s'agit juste d'une énorme coïncidence.
-Soit.
-Je ne pensais pas être attiré par ce garçon... Pas jusqu'à ce soir, en tous cas. Mais en fin d'après midi, il m'a dit qu'il était homo et depuis j'arrête pas d'y repenser... C'est comme si une porte s'ouvrait, tu vois ce que je veux dire ? Depuis le début, il m'intrigue. Je me suis rapproché de lui immédiatement alors que je ne parlais jamais à personne... Tout paraît tellement plus simple avec lui. Je peux lui parler de tout, il comprend. Il ne me juge pas.
-Bref, t'as envie de coucher avec lui, c'est ça ?
-Justement. Je ne sais pas si c'est ça ou... Ou de l'amitié.
-Il n'y a qu'une façon de le savoir, Die.
-Laquelle ?
-Ne fais pas le naïf, tu sais aussi bien que moi ce que c'est.

Nouveau silence.
Die se mord les lèvres et se frotte les yeux.

-Aller jusqu'au bout.
-Exactement. La totale. Si tu t'étais trompé, rien de grave : vous vous quittez en bons amis, rien ne vous empêche de vous revoir par la suite si les choses sont claires. Et s'il s'avère que tu avais réellement envie de le baiser, tu l'auras fait et tu pourras continuer si ça te plaît.
-Tout a l'air tellement plus simple quand tu le dis...
-Il faut souvent que quelqu'un d'autre nous ouvre les yeux sur nos propres pensées pour mieux les comprendre. Content d'avoir pu t'aider.
-Merci. Bonne nuit.
-C'est ça. Bonne nuit.

Le téléphone fut reposé sur son socle et Die s'allongea sur le canapé, une couverture sur lui.


~ Boys don't cry ~

~ Boys don't cry ~



La main de Shinya courait à toute vitesse sur sa feuille, son poignet était même engourdi à force de prendre frénétiquement des notes, la faute à ce professeur qui ne pouvait s'empêcher d'enchaîner idée sur idée et ne sembla pas accorder la moindre pitié à ses étudiants.

Dans la salle de classe, outre le ronronnement de la voix monotone du professeur, on n'entendait que le grattement des mines de crayon sur le papier. C'était une atmosphère parfaitement studieuse, jusqu'à ce qu'un coup de tonnerre éclate au loin et les fasse tous sursauter : le c½ur battant, ils tournèrent instinctivement la tête vers la fenêtre et scrutèrent le ciel dans l'espoir d'apercevoir un éclair. Sans pitié pour leur curiosité, le professeur reprit le cours de son monologue mais Shinya laissa retomber son crayon, trop las pour continuer à prendre des notes.

Son menton enfouit dans la paume de sa main glacée, il porta son crayon à sa bouche et le mâchonna du bout des dents, les yeux dans le vide, bien au-delà de la fenêtre et de la ligne d'horizon bien sombre. La rumeur de la voix du professeur et du grattement des mines de crayon sur les papiers qu'on retournait régulièrement le berçait doucement, surtout si on considérait qu'il n'en était qu'à sa deuxième heure de cours.
Les gouttes de pluie martelaient violemment les vitres embuées. Au bout d'un long moment à fixer sans aucune pensée les longs sillons dessinés sur le carreau par la pluie qui coulait avec saccades sur le verre chaud, Shinya reposa son crayon mâchonné et marqua la cadence de ce rythme singulier, reproduisant discrètement leur martèlement sur sa table de cours.

Au beau milieu de ce duel presque musical qui n'engageait que lui et le temps, il sursauta en sentant son portable vibrer dans la poche de son pantalon, comme un rappel de la réalité qui l'arrachait à cette distraction nouvelle.
Jetant un rapide coup d'½il à son professeur pour vérifier qu'il ne regardait pas dans sa direction, Shinya consulta son téléphone et ouvrit le message qu'un numéro inconnu venait de lui envoyer.

J'ai pensé à toi toute la nuit. Viens chez moi après les cours. Tout commence ici...


Le message n'était pas signé, mais Shinya devinait l'identité de la personne qui venait de lui écrire ces mots. Un sourire éclatant lui mangea le visage, et ses yeux étincelant de plaisir et d'impatience se posèrent de nouveau sur les grosses gouttes de pluie qui s'étalaient sur le carreau.


Il n'avait même pas eu besoin de fournir un quelconque effort pour atteindre son but. Son destin convergeait vers son point culminant, et c'était si euphorisant qu'il ne savait pas encore comment il allait faire pour supporter d'attendre la fin des cours.

Tout commence ici.

# Posté le dimanche 23 novembre 2008 09:17

Modifié le dimanche 23 novembre 2008 09:28

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