ENFIN!!!


J'arrive pas à le croire!!
J'ai ENFIN récupéré un ordi portable!!
Bon, c'est comique que je doive l'annoncer depuis l'ordinateur de ma mère... Mon ordi est TROP récent, il refuse de créer une connexion internet avec mon vieux modem 512k... Il ne sait même pas ce que c'est, en fait -__-
Mais bon! De toutes manières, pas besoin d'internet pour écrire ^o^
Et il est super beau *o*
Et c'est le mien ^o^
Je suis soulagée... ça faisait un ou deux mois que j'écrivais presque plus et là... J'ai tellement de choses à écrire que je sais pas par quoi commencer, et puis faut que je sois sérieuse et que je bosse à la fac aussi >__< J'ai déjà perdu une année l'an dernier en me plantant d'orientation, je ne veux absolument pas réitérer cette catastrophe cette année -__- Surtout que pour une fois les cours m'intéressent XD
Bon, je vais éteindre cet ordi et retourner sur mon mien afin de récupérer tous mes fichiers et virer les logiciels inutiles (j'avais oublié à quel point un ordi neuf est une mine d'or à ce niveau là XD) et pis je m'y remet puisque je suis en weekend, autant en profiter!
En espérant faire une mise à jour sur le site le week end prochain!!

Bises o^o^o

# Posté le vendredi 03 octobre 2008 09:17

Nouvelle fic - Boys don't cry


J'avais écrit un article hier pour cette fic, mais internet a planté et comme je devais partir je n'ai pas eu le courage ni le temps de le retaper!

Tout ça pour dire que je me suis remise à l'écriture! La seule exception faite à mon plan initial est qu'au lieu de continuer Parce que je t'aime, j'en ai commencé une autre, Boys don't cry. Dimanche soir, j'ai écrit quelques lignes de Parce que je t'aime, et puis j'ai perdu l'envie et l'énergie d'en faire plus. Et comme une autre idée me trottait dans la tête depuis un moment, j'ai préféré ne pas m'acharner inutilement dessus et exploiter l'autre en attendant que l'envie me revienne...

Boys don't cry n'est pas encore vraiment définie. Comme toujours, j'ai un visuel en tête, et un scénario en à découlé; mais comme toujours également, je ne cesse de changer d'idées en cours d'écriture. Ce qui veut dire que je ne sais pas trop où je vais ni combien de temps elle risque de durer. Pour tout dire, je ne connais pas encore le pairing, j'ai des idées mais j'attend de voir où me mène l'écriture pour me décider XD

Je voulais aussi préciser que le titre n'a rien à voir avec la chanson de The Cure. Je l'aime beaucoup, mais je neme suis souvenue qu'après le choix du titre qu'une chanson portait aussi ce nom là lol

Je tenais à remercier toutes les personnes qui ont continué à venir sur le site malgré l'arrêt des mises à jour. J'ai été jeté un coup d'oeil aux statistiques, et le fait que la fréquentation n'ai pas baissé de beaucoup m'a énormément touché!
J'espère que vous ne serez pas déçues (déçus? ô.O) par cette nouvelle fic, et aussi que je reprendrais rapidement mes instinct d'écriture... M'étant arrêtée totalement pendant quelques semaines, je suis un peu rouillée et j'ai tendance à tourner en rond mais j'espère que ça va vite se rétablir ^^;

Bisouxx!






Titre: Boys don't cry
Auteur: Cactus
Genre: PG-13
Pairing: Pas encore déterminé...

# Posté le dimanche 12 octobre 2008 07:43

Boys don't cry - Chapitre 1


Les abords du lycée étaient bondés d'élèves traînant les pieds pour se rendre en cours. Le regard vide, un sourire désabusé aux lèvres, ils se racontaient leur week end, teintant de la sorte ce lundi matin d'une note de nostalgie dont il était impossible de se défaire.
En marge de cette foule bigarrée d'adolescents encore en pleine recherche d'eux mêmes se tenait un garçon. D'apparence, il n'était pas différent des autres; les cheveux bruns mi-longs, l'air à la fois décontracté et sur ses gardes, vêtu d'un uniforme composé d'une simple chemise bleu roi et d'un pantalon noir, il portait un ½il désintéressé sur ses camarades qui passaient sans le saluer.
Poussant un soupir d'ennui, il desserra le n½ud de sa cravate, trop serré par sa mère à peine quelques minutes plus tôt, et lança un énième regard impatient dans la rue adjacente.

Die détestait les lundis matin. Non pas parce qu'ils signifiaient la reprise des cours et une nouvelle semaine où il faudrait composer avec la présence insupportable de personnes auxquelles il ne prêtait aucune attention, ainsi que faire semblant de s'intéresser à ce qu'on s'acharnait à lui apprendre depuis le début de l'année. Il aurait largement préféré que ses raisons de haïr le lundi soit aussi banales que celles là...
Le lundi était barré en rouge de son calendrier, parce qu'il signifiait l'enfer. Pur et dur. Une longue journée où il devrait circuler au sein du lycée avec une bombe dans son sac, un engin de mort inéluctable, et faire comme si de rien n'était. Une journée en définitive plus calme que les six autres qui suivaient, mais pourtant plus haïe encore. Parce que les autres jours n'étaient que les conséquences du lundi, les répercussions physiques et mentales de cinq petites minutes d'échange redouté.

Le pire, c'était le week end. Les longues nuits d'attente angoissée, crispé dans le noir, à tâter sous les couvertures à la recherche d'une main qu'il serrait le plus fort possible pour l'empêcher de partir et les journées interminables où il devait se sacrifier à chaque minute et s'oublier jusqu'à ne plus avoir conscience de son humanité.

Tout ça à cause d'un lundi.

Les minutes s'écoulaient, l'imminence de la sonnerie annonçant le début des cours se faisait pressante. Die savait qu'il ne pouvait rater ce rendez vous, mais comment justifier un éventuel retard face à son professeur?
La mine froissée et les traits crispés, il laissa les derniers élèves le dépasser, puis décolla impatiemment son dos du grillage qui entourait la cour intérieur du lycée. Un bref regard aux bâtiments sinistres et sans âge dans lesquels il passait ses journées suffit à ajouter à sa mauvaise humeur.
Que n'aurait-il donné pour en être déjà à la fin de sa scolarité...
Enfin, il pourrait faire quelque chose d'utile.

Sauver sa mère.

Il lança un nouveau coup d'½il dans la rue et commençait sérieusement à se poser des questions lorsqu'une pétarade aisément identifiable se fit entendre. Loin de lui tirer un sourire, le bruit le plongea dans un état second; il balaya les alentours du coin de l'½il, vérifiant rapidement que personne de sa connaissance ne serait en mesure de lui poser une quelconque question, et avança nerveusement jusqu'au bord du trottoir, les doigts glacés autour de la sangle de son sac à dos.

La mobylette remontait la rue d'une allure tranquille, son conducteur le héla avant de passer une main dans ses cheveux ébouriffés; évidemment, ce genre de type ne prenait pas la peine de porter un casque, le danger faisait partie de leur quotidien.

Die réprima un frisson de répulsion et de colère à l'approche du jeune homme. Ce dernier ne devait pas être beaucoup plus âgé que lui, deux ou trois ans tout au plus; un élan de pitié le porta vers lui, rapidement contenu lorsque le garçon mit pied à terre et le contempla d'un ½il vitreux, ses pupilles déjà réduites à la taille d'une tête d'épingle à huit heures du matin.

-La même chose que d'habitude? S'enquit-il d'une voix pâteuse, la cigarette éteinte qui pendait au coin de sa bouche entravant la liberté de ses mots.

Die hocha la tête, le ventre noué. Il aurait tout donné pour trouver le courage de refuser... Rentrer chez lui le soir même, regarder sa mère dans les yeux et connaître les mots pour la faire changer.
Au lieu de quoi, il sortit une liasse de billets d'une poche de son sac, et la tendit à son interlocuteur sans un mot. Ce dernier fit glisser l'argent sous ses doigts, le passa sous son nez pour le renifler et sourit à Die, sans retour.

-Prends ça.

Il jeta négligemment à l'adolescent un minuscule sac transparent tourné sur lui-même, remplit d'une poudre farineuse dont ils connaissaient tous les deux la nature. Die le rattrapa au vol, le rangea comme d'habitude dans son sac et repartit immédiatement en direction de l'entrée du lycée. Les battements sourds de son c½ur se diffusaient jusque dans son crâne, mais il avançait d'un pas égal vers son cours.

Il avait la sensation de sombrer au fond d'un puits. Il se sentait oppressé et perdu. S'il s'était écouté, il aurait fait demi-tour en courant et aurait jeté son achat honteux dans la première poubelle venue.
Mais il ne pouvait pas faire ça.

-Die!

On l'interpella de loin. Etonné et déstabilisé dans le cours de ses pensées, il mit quelques secondes à réagir et se retourna. Un adolescent de sa classe accourait vers lui, son sac battant ses reins et le visage rouge d'avoir couru.
Die fronça les sourcils, surpris que ce garçon cherche à lui adresser la parole alors qu'ils ne devaient pas s'être adressés plus de trois mots depuis le début de l'année.

-Bonjour, le salua son camarade en arrivant à sa hauteur.

Essoufflé, il se pencha brièvement en avant afin de recouvrer une respiration à peu près normale, puis se redressa de toute sa hauteur en souriant à Die.

-Salut, répondit ce dernier sans se départir de sa mine étonnée.
-Bon week end?
-Super, confirma Die du bout des lèvres.

Ils finirent ensemble la route qui les séparait du vieux bâtiment, puis avancèrent d'un même pas vers le troisième étage, où devait se dérouler leur premier cours de la journée.
Les couloirs sentaient fort les produits désinfectant et le citron, mais ils y étaient si habitués à présents qu'ils ne le remarquaient même plus, pas plus que la peinture écaillée d'une couleur bleuâtre délavée qui ornait les murs.

-Et le tien? S'enquit Die, désireux ne pas parler de lui plus longtemps.

Leurs pas et leurs voix résonnaient dans le couloir vide; visiblement, la sonnerie avait déjà terminé de faire le ménage parmi les retardataires.

-Studieux, grimaça son camarade. Cette foutue dissertation de Japonais m'a pris tout mon samedi. Résultat, tout le monde avait déjà quelque chose de prévu le dimanche et je n'ai pas pu bouger.

Die retint un soupir las. Ce type ne se rendait visiblement pas compte à quel point ses week end étaient enviables aux siens... Mais, bon public, il lui offrit un sourire contrit et une phrase toute faite.

-Tu te rattraperas cette semaine.
-J'espère bien!

Chose étrange, Die ne parvenait pas à se souvenir du prénom de son camarade. Ils étaient dans la même classe depuis le début de l'année, mais il n'avait jamais vraiment prêté attention à lui... Probablement à cause de son exubérance insupportable et de ses airs de diva.

-Tu n'as pas fait ton boulot?
-Si, mais j'avais pris mes précautions. Elle était déjà faite mercredi dernier.

Il ne s'agissait absolument pas d'une question d'intérêt ni de l'empressement d'un élève bien appliqué, simplement d'un aménagement du temps. S'il ne se débrouillait pas pour avoir tout le week end de libre sans aucune exception, il savait très bien que la situation dégénérerait et c'était précisément ce qu'il cherchait à empêcher.

Un silence épais s'instaura entre eux, mais qui ne gêna Die en aucun cas. Il n'aimait pas les illusions. A quoi bon faire comme si ils se connaissaient et s'entendaient bien? Ils n'avaient rien à se dire, et Die ne comptait pas chercher un sujet de conversation pour combler le vide.
Un monde entier les séparait, si éloigné de cette réalité que le garçon debout à ses côtés ne se rendait peut-être même pas compte de son existence.

-Ecoute, Die...

Intrigué par ce ton soudain baissé d'un octave et légèrement mal à l'aise, l'adolescent tourna la tête vers lui, les sourcils froncés.

-Quoi?
-Tu estimeras peut-être que ce ne sont pas mes affaires, mais je t'ai vu avec ce gars tout à l'heure. Tu sais, celui à la mobylette.

Le sang de Die se glaça dans ses veines. Mortifié, il tenta tant bien que mal de garder contenance.

-Oui, et alors?
-Tu ne devrais pas faire ça.
-Tu ne sais pas de quoi tu parles, et ce ne sont pas tes oignons. Je ne crois pas t'avoir demandé un quelconque avis sur la question.

Ses oreilles bourdonnaient, mais il fallait qu'il conserve une totale conscience de ce qui se passait pour ne pas s'embrouiller dans ses mots.

A ses côtés, son camarade de classe secoua la tête, un léger sourire en coin accroché aux lèvres.

-Je crois qu'on s'est mal compris.
-Non, je ne crois pas...

Die accéléra le pas pour se débarrasser de lui, mais l'autre revint à la charge et alla jusqu'à poser la main sur son épaule, comme s'ils étaient de vieux amis.

-Je comprend parfaitement ce que tu fais, il ne me viendrait pas à l'idée de te juger.
-Encore heureux! S'exclama Die.

Ils avaient à présent atteint les escaliers, et s'approchaient rapidement du troisième étage. Die ne s'était jamais autant rendu compte qu'une conversation pouvait utiliser autant de mots, et durer si peu de temps.

-Ce que je veux dire, c'est que le type que tu vois ne vend que de la merde.

Cette fois, Die ne parvint pas à faire semblant. Il se figea d'un coup, les yeux écarquillés. Ils échangèrent un long regard et, nerveusement, le jeune homme remonta la sangle de son sac sur son épaule.
En face de lui, son interlocuteur arborait une mine réjouie, ravi de son effet.

-Tu te fournis chez un petit revendeur qui s'amuse à couper sa dope avec n'importe quoi pour se faire plus de fric. Fais moi confiance, je connais bien ce petit con.
-Qu'est-ce que tu essaies de me dire? Demanda finalement Die après quelques secondes de réflexion. Que tu connais quelqu'un qui en vend de la meilleure, c'est ça? Mais tu ne sais même pas ce que je prend.

Le brun haussa les épaules en faisant la moue.

-C'est pas très difficile de deviner. Quand on fait le pied de grue un lundi matin avant même le début des cours, c'est rarement pour un petit excitant.
-Tu as l'air de bien t'y connaître...
-Si tu décides de me faire confiance, je peux te fournir ta coke en qualité extra. Elle te coûtera un peu plus cher, mais les doses seront plus puissantes. Tu pourras même les réduire légèrement pour qu'elles durent plus longtemps si tu n'es pas trop accro.

Die le fixa encore un moment, incapable de croire ce qu'il entendait. La fureur commençait à tourbillonner en vagues violentes dans son ventre, et remontait lentement jusqu'à son système nerveux.
Mieux valait couper court à cette conversation irréelle.

-Tu deales, pas vrai?
-Je n'aime pas ce terme mais techniquement oui, je deale.
-Depuis quand les dealers cherchent à réduire les doses de leurs clients?
-Ce n'est pas pareil. Toi, je te connais. Les autres...

Il balaya leur existence d'un vague geste de la main qui ne fit qu'augmenter la colère de Die.
Le souffle court et les dents serrés, il détourna les yeux pour regarder ailleurs. Croiser encore une fois son regard risquerait de lui faire perdre les pédales.

-Laisse moi, lâcha-t-il d'une voix dangereusement étouffée.

Mais comme l'autre ne bougeait pas, Die le bouscula et partit en courant à l'assaut des étages, arrivant comme un diable dans la salle de classe où les élèves tournèrent la tête vers lui avec de gros yeux étonnés. Certains d'entre eux profitèrent de la diversion pour se faire passer des boulettes de papier, pendant que le professeur fusillait Die du regard.

-En retard, monsieur Andou?
-Désolé monsieur.
-Bien, passe pour cette fois. Mais que je ne vous y reprenne plus.
-Merci.

Die le salua rapidement d'une courbette, puis fila jusqu'à son pupitre au fond de la salle où il déballa ses affaires sans se rendre compte du bruit qu'il causait. Une fois son sac reposé, il regarda l'ensemble de la classe et fut surpris par l'absence de celui qui l'avait retenu dans les couloirs.

Qu'il aille au diable, celui là, avec ses propositions et son assurance sans failles.
S'il s'était écouté, Die aurait pu le tuer sur le champ tant sa haine à son égard était puissante.

-Ouvrez vos livres d'histoire à la page 123 s'il vous plaît. Le cours d'aujourd'hui...

Mais Die avait déjà perdu le fil du cours. Il ouvrit machinalement son livre, son regard se posa sur les alignements de mots mais il se sentait comme anesthésié.
Les lettres formaient des arabesques inintelligibles à ses yeux. Tout d'un coup, une sourde douleur s'abattit sur ses épaules: une violente bouffée de chaleur l'envahit, à laquelle il tenta au mieux de ne pas prêter attention.

Ses yeux s'humidifièrent au contact de quelques larmes amères, mais il ne se rendit compte de ce qui lui arrivait que lorsqu'elles dévalèrent ses joues en cascades, bouillonnantes et honteuses.



~ Boys don't cry ~

~ Boys don't cry ~




Il pleuvait dru sur le chemin du retour, Die courut tout le long en portant son sac à dos sur sa tête pour se protéger au mieux de l'averse diluvienne. Les lèvres serrées en une ligne de chair rouge droite, il devait combattre une envie farouche de lâcher ce sac de malheur et l'abandonner dans une flaque.

Chaque pas qui le menait chez lui produisait un écho sourd jusqu'au plus profond de lui-même. Quelque part dans son ventre, une boule de nerf tourbillonnait jusqu'à lui en donner la nausée.

Encore quelques enjambées...
Et il entra dans la maison, laissant derrière lui l'humidité et la tempête pour se retrouver dans un autre enfer, celui là beaucoup plus malsain.

-Die? C'est toi, mon chéri?

Il soupira mais se composa un sourire forcé face au visage angoissé de sa mère. La fatigue creusait ses traits et ses mains tremblaient.
Le manque, bien sûr.

Il riva ses yeux aux siens, s'inquiétant du rouge installé dans les globes de sa mère, mais elle ne lui laissa pas le temps de lui poser de questions en s'emparant impérieusement du sac à dos que l'adolescent tenait encore à bout de bras.

-Tu l'as? Tu l'as?

Elle répétait sa question telle une litanie, sans attendre de réponse, simplement pour entendre une voix dans le silence assourdissant qui régnait dans la maison.
Désespérément impuissant, Die la regardait faire sans oser intervenir. Son regard s'attarda brièvement sur les longs doigts de sa génitrice, osseux et aux veines saillantes.
Elle secouait violemment le sac à dos à présent ouvert, le vidant de son contenu sur le carrelage trempé de gouttes de pluie, ses longs cheveux filasses d'un brun grisonnant tombant en longues mèches désordonnées devant son visage amaigri.

-Tu ne l'as pas prise! Lui reprocha-t-elle d'une voix perçante, déjà persuadée de la trahison de son fils.

Les cahiers et livres tombaient les uns après les autres, puis ce fut le tour du trésor tant convoité.
Comme dans un film vidéo passé au ralenti, Die la vit s'accroupir par terre et s'enfuir d'un pas pressé dans les étages.

Ses poings se serrèrent de rage, il ne bougea pas d'un pouce mais clôt fermement ses paupières.
Oublier cette vie un instant, un seul... S'inventer un autre monde où sa mère serait une citoyenne lambda, et pas ce lambeau de femme accroché à cette poudre. Ne plus s'enfoncer sans cesse dans ces limbes de ténèbres...

Quand ses yeux se rouvrirent sur son environnement quotidien, il aurait presque pu crier tant la douleur fut grande. Toujours ces mêmes sols carrelés, ce même vieil escalier branlant et étroit dans lequel, dans sa précipitation, il était si souvent tombé, et ce couloir sombre devant lui menant à la cuisine et au salon.
Il se trouvait bien dans la maison de son enfance, aucune erreur possible.

Il monta pesamment les marches qui grinçaient sous son poids, évitant obstinément d'apercevoir la frêle silhouette de sa mère par la porte restée entrouverte.
Die avait assisté à ce genre de scène bien trop souvent pour s'émouvoir encore de sa charge émotionnelle, mais il préférait ne prendre aucun risque.
Au moins se débrouillerait-elle pour que la dose de cocaïne lui fasse la semaine...
Le plus dur, comme à chaque fois, serait le week end.

Arrivé dans sa chambre, Die la traversa rapidement, abandonnant son sac à dos sur son lit aux draps défaits, et s'assit sur sa chaise de bureau. D'un geste de la main, il alluma la petite lampe, seule source de lumière dans la pièce aux volets encore fermés depuis l'instant, ce matin, où il avait quitté sa chambre en courant pour ne pas rater le bus, à quelques mètres de là.
L'ampoule diffusa une légère lueur, tout juste suffisante à distinguer les contours des quelques meubles. Die promena un regard las sur les murs nus; quelques mois auparavant, il se faisait une vraie fierté de ses vieux posters introuvables dans le commerce... Aujourd'hui, il les avait tous vendus pour que sa mère ne perde pas complètement la tête à cause du manque.

Die lui avait demandé maintes fois d'arrêter; de se trouver une place dans un centre de désintoxication; mais entre le vouloir et le faire, il y avait tout un monde.

Tout à coup, dans le silence de la maison, son téléphone portable se mit à sonner. Le jeune homme se leva sans aucune énergie, fouilla quelques instants dans une des poches de son sac à dos et hésita à la vue du nom inscrit sur l'écran.

-Allô, fit-il finalement en s'affalant sur son lit, les yeux fermés et le mobile collé contre l'oreille droite.
-Salut, comment tu vas?
-Comme un lundi, répondit sinistrement Die.

Il y eu un silence au bout du fil. L'adolescent savait très bien à quelle réaction s'attendre avec une telle remarque... Mais puisque son meilleur ami Kaoru lui posait la question, il lui donnait la réponse adéquate.
Pas de quoi en faire un fromage, il ne cherchait ni à se faire plaindre, ni à se faire réconforter.

-Et toi? Enchaîna-t-il donc.
-Je suis vanné. J'ai une pause d'une demi-heure, mais je vais devoir aller à mon cours de calligraphie. J'aurais dû faire comme toi et arrêter ce genre d'activités extrascolaire...

-Tu sais bien que je n'ai arrêté que parce que j'avais un motif valable.
-Oui, ta blessure au genou...
-Exact. C'est compliqué de jouer au base-ball avec un genou à moitié éclaté, tu en conviendras...

Ils échangèrent un rire complice qui fit du bien à Die. Il n'avait ruminé que des idées noires dans la journée, et ce coup de fil venait à point nommé pour lui mettre du baume au c½ur.

-Et ta mère, ça va?

Question épineuse. En général, Kaoru évitait le sujet, sachant les réticences de Die à en parler; mais parfois, comme aujourd'hui, il venait aux nouvelles.
Ils connaissaient tous deux parfaitement le sens de la question.

-Pas d'amélioration, en tous cas.
-Ok.
-Allez, raconte ta journée.

En général, c'était loin d'être leur manière de procéder. Ils n'étaient absolument pas du genre à se raconter leur journée dans les moindres détails... En vérité, ils ne savaient l'un de l'autre que les grandes lignes. Les détails de leurs personnalités propres et de leurs vies leur échappait, mais ils ne cherchaient pas à combler ce vide. L'un comme l'autre estimaient que c'était mieux ainsi; moins de risque de se déchirer, et leur amitié se faisait beaucoup moins encombrante qu'elle n'aurait pu l'être.

Mais aujourd'hui, Die se sentait vraiment mal. Il avait besoin d'entendre une voix amie, même si c'était pour ne rien dire.
Heureusement, Kaoru eu le tact de ne rien demander, et s'exécuta sans broncher.

-Ennuyeuse et encombrée, répondit-il d'un soupir. Les profs ont pris du retard sur le programme et compensent en avançant à un rythme de dingue... On nous rajoute même certaines heures de-ci de-là. Ils ne vous font pas le coup?
-Non, chez nous ils sont plutôt je-m'en-foutiste de ce côté-là. Et puis on est des têtes, pas comme vous!

Ils se charriaient souvent à propos de la différence de niveau entre leurs deux classes. Tous les deux élèves de terminale, ils allaient chacun à des lycées différents; deux lycées privés. Ils ne devaient leur rencontre qu'à un hasard, quelques semaines avant la reprise des cours en avril: assis l'un à côté de l'autre dans un stade durant un match amical de base-ball inter-lycées auquel Die ne participait exceptionnellement pas, ils avaient engagé la conversation et ne s'étaient plus quittés depuis ce jour.

-C'est ça, cause toujours! Rétorqua Kaoru en riant.

Die aimait cette insouciance, qui le changeait plus qu'agréablement de son quotidien morne et incertain.

-En fait, je t'appelais pour savoir si tu es libre ce soir.
-On a cours demain... Lui rappela Die, un sourire amusé sur les lèvres et dans la voix.
-Et alors? Promis, on sera rentrés avant le passage du bus! Répliqua Kaoru sans se démonter.

Die s'assit sur son lit, les doigts crispés sur son téléphone. Dieu que l'envie était forte d'accepter la proposition de Kaoru... Un simple « oui », et sa vie serait enfin telle qu'il l'avait rêvée tant de fois. Il ne serait qu'un adolescent perdu dans la folie des rues de la ville, un parmi des centaines, anonyme et insouciant... Si l'envie lui en prenait, il pouvait même se construire une personnalité propre, se faire passer pour quelqu'un qu'il n'était pas, sentir le vent sur son visage et se souvenir que la vie, c'était aussi ça...

Il ferma les yeux si fort qu'il en eut mal, pendant qu'à l'autre bout du fil Kaoru attendait patiemment sa réponse.

Die ne pouvait se résoudre à laisser sa mère seule, ne serait-ce qu'un soir. Elle pouvait se laisser aller à tant de débordements l'espace d'une seule soirée...

Mais il n'avait que dix sept ans, bientôt dix huit. S'occuper de sa mère n'était pas son job, si? Il pouvait bien faire comme si... Une fois, rien qu'une fois. Ensuite, ça ne se reproduirait plus. Plus jamais, peu importait que les propositions qu'on puisse lui faire soient diaboliquement tentantes.

-Je suis libre, répondit-il sans rouvrir les yeux, le visage tendu comme s'il attendait que la douleur passe.
-Super! S'exclama Kaoru. Je viens te chercher à dix neuf heures, ne prend pas la peine de dîner. Je nous ai concocté un programme d'enfer!
-T'as intérêt, marmonna Die en acceptant enfin de rouvrir les yeux.

Il balança ses jambes par-dessus le lit et parcourut d'un regard vague sa chambre vide et triste.

-A tout à l'heure!

Kaoru ne laissa pas le temps à son ami de lui répondre; il avait déjà raccroché. Le bras de Die retomba mollement sur le matelas drapé du lit. Comme dans une mauvaise série télévisée, il resta bouche bée quelques secondes et cligna des paupières sans raison aucune, incapable de croire à ce qu'il venait de faire.

Il entrait dans la vie.
Et ce, même s'il devait pour cela abandonner sa mère en arrière, le temps d'un soir.

Un grand frisson s'incrusta en lui, le faisant trembler jusqu'à la moelle.
Une peur immense rampa dans sa peau, mais il se secoua et se leva d'un bond, se forçant à sourire pour maintenir une illusion qu'il était seul à voir, mais à laquelle il ne parvenait pas à croire.

Là bas derrière ses volets fermés, au-delà de la lueur faiblarde de sa lampe de bureau, une ville grouillait d'une vie à laquelle il avait jusqu'ici toujours refusé de se mêler.
Enfin.

-Tokyo, me voilà...



A suivre...

# Posté le dimanche 12 octobre 2008 07:50

Boys don't cry - Chapitre 2

Boys don't cry - Chapitre 2


Die tapait du pied par terre, cherchant à faire circuler dans ses veines un sang qu'il imaginait cristallisé en glaçons tant le froid était mordant.

-Après la pluie, le beau temps... Grogna-t-il avec mauvaise humeur en regardant de part et d'autre de la rue en espérant que Kaoru ne tarderait plus. C'est ça, ouais... Continua-t-il sur la même lancée.

Bien sûr, il aurait pu rester attendre son ami à l'intérieur de la maison, au chaud: mais Die se connaissait trop bien pour supporter les regards furieux et angoissés de sa mère. Elle serait restée là, gravitant autour de lui comme un aigle avant de fondre sur sa proie, l'attirant à elle de ses petits yeux inquiets et de ses mains tremblantes. Elle aurait peut-être tenté de le toucher, espérant probablement le retenir cette nuit...
Il serait revenu sur sa décision de sortir, aurait appelé Kaoru et tout annulé sans explication.

Die préférait encore être dehors à mourir de froid, ne serait-ce que pour le plaisir de se savoir prêt à vivre comme un adolescent normal l'espace de quelques heures, et effleurer du bout des doigts la sensation que l'on éprouvait lorsqu'aucune responsabilité ne pesait sur ses épaules.

Un sourire éclot sur ses lèvres gercées, comme une fleur au milieu d'un paysage enneigé.
L'espoir.

Sans réellement le vouloir, presque instinctivement, il jeta un rapide coup d'½il derrière son épaule, sur la fenêtre principale du salon. Voilée par un épais rideau blanc, elle ne laissait rien voir de l'intérieur; mais Die aurait juré qu'à l'instant où il avait tourné le regard dans cette direction, un léger pan de rideau avait bougé, comme s'il se remettait en place.
L'adolescent se mordit les lèvres jusqu'au sang, espérant que cela n'était qu'une fantaisie de son imagination. L'idée même que sa mère puisse l'observer en ce moment même et grommeler des injures derrière son dos lui déplaisait profondément, mais il ne pouvait pas vraiment lui en avoir.

Lui-même avait suffisamment du mal à accepter ce qu'il s'apprêtait à faire...

Un soudain vrombissement de moteur lui fit tourner la tête; à l'autre bout de la rue, une vieille gimbarde se frayait un chemin sur la voie étroite avec un vieux bruit de ferraille plutôt inquiétant.
Les sourcils froncés, Die regretta soudain de ne plus pouvoir faire marche arrière. Il allait risquer sa vie dans cette bagnole bonne pour la casse...

Kaoru était au volant de la voiture, et ce même s'il n'avait pas l'âge requis pour conduire, mais cela ne semblait pas le gêner. Il s'arrêta devant son ami, un grand sourire aux lèvres, et souffla négligemment sur une mèche sombre pour la dégager de son front.

-Alors, tu montes?
-Tu sais conduire au moins?
-Qu'est-ce que tu crois! Je n'irais pas risquer nos vie pour une misérable petite virée!

Die s'approcha prudemment, semblant craindre que l'automobile n'explose sans prévenir. Son attitude fit naître une sourire amusé sur les lèvres de Kaoru, qui s'accouda négligemment à la fenêtre totalement ouverte malgré le froid et lui fit signe de s'asseoir à côté de lui.
Abandonnant soudain toute réserve, Die secoua la tête en riant, fit le tour de la voiture et s'installa en soupirant d'aise sur le siège passager.

-En route pour l'aventure! S'exclama Kaoru en réglant le volume de l'autoradio au maximum.

Die tourna la tête vers lui, souriant, et hocha doucement la tête.

-En route pour l'aventure... Confirma-t-il d'un murmure.


~ Boys don't cry ~

~ Boys don't cry ~


Parée de ses habits de lumière, la capitale était tout bonnement fantastique. Elle éclairait la nuit de ses centaines de milliers d'éclairages artificiels, semant comme des étoiles scintillantes au bord des rues, au faîte des immeubles et aux devantures de chaque magasin.
Rayonnante, la tour de Tokyo n'était pas en reste. Penché sur le tableau de bord afin de mieux scruter la vue qui s'ouvrait à lui à travers le pare brise du vieux tacot de Kaoru, Die restait les yeux écarquillés devant le spectacle qu'elle offrait, toute de rouge et de blanc vêtue.
Il l'avait déjà vue ainsi, mais cela lui faisait si longtemps qu'il lui semblait que c'était dans une autre vie...

A ses côtés, Kaoru souriait de toutes ses dents, heureux de la réaction de son meilleur ami. Il ne cessait de lui jeter des coups d'½il amusés sans réellement prendre garde à la route, habitué au trajet et à ses obstacles.

-J'avais raison de t'emmener, ou pas? Le taquina-t-il lorsqu'ils arrivèrent en vue de leur destination.

Die se laissa aller contre le siège de la voiture, étendit ses jambes et sourit à son ami en guise de réponse.
Les quelques dernières minutes que durèrent ce trajet en voiture se passèrent dans un silence complet, si ce n'étaient les mesures violentes de la musique que crachait l'autoradio. Etrangement, Die se sentait bien. Apaisé.
Il existait donc réellement une vie en dehors du lycée et de la maison familiale...

-Où est-ce qu'on est? Interrogea-t-il lorsque Kaoru s'engagea sur un parking à demi éclairé par des réverbères à la lueur vacillante.
-Dans mon temple! Plaisanta le jeune homme en man½uvrant pour trouver une place de libre sur le parking bondé.

Les alignements de voitures témoignaient de l'attractivité du lieu, mais n'aidaient en rien Die à se faire une idée sur l'identité de ce grand et long immeuble qu'ils avaient longé avant de s'engager dans ce labyrinthe.

-Sérieusement, prépare moi un minimum au choc... Le pria Die en faisant la grimace.
-C'est une surprise! Si je t'en dévoile le contenu, tout est à l'eau!

Die leva les yeux au ciel mais sourit. Il ne pouvait pas en vouloir complètement à son meilleur ami... Et puis, il savait très bien en acceptant de le suivre que cette soirée serait tout sauf reposante.

Il suivit donc Kaoru dans le parking, une fois sorti de la voiture, et l'accompagna sans discuter vers l'entrée du bâtiment. Une petite enseigne clignotait en lettres de néons au dessus de la porte principale, mais son nom ne l'aida en rien à se faire une idée sur la fonction des lieux.

-Suis moi! L'incita Kaoru d'un ton pressé en accompagnant ses paroles d'un geste de la main dirigé vers l'intérieur.

Die s'était arrêté juste devant la porte sans s'en rendre compte. Il hocha la tête presque douloureusement, un mauvais pressentiment s'étant tout à coup emparé de lui.

Ridicule... Se rassura-t-il tout seul. Tu te fais toujours du mauvais sang pour rien...

Et de fait, dès qu'il entra à l'intérieur du bâtiment, sa mâchoire faillit se décrocher.
L'endroit n'avait rien d'extraordinaire en soi; Il ne s'agissait, au fond, que d'un bar particulièrement branché. Mais ce qui rendait les lieux attractifs et intéressants, c'était la somme incalculables de mineurs circulant librement entre les tables un verre à la main.

-Merde... Ne put-il s'empêcher de laisser échapper.

Kaoru fut le seul à l'entendre, et lui sourit de toutes ses dents tout en lui administrant un grand coup amical dans le dos.

-Crois moi, tu ne regretteras pas d'être venu!
-On est où? Interrogea Die en promenant un regard interloqué tout autour de lui.

Tout paraissait normal, depuis les tentures sombres jusqu'aux lumières fraîches sans être crue, laissant suffisamment d'ombre pour que les visages ne puissent être clairement distingués, en passant par la longue piste d'un gris étincelant surélevée par rapport au niveau des tables.
Mais Die était certain que toutes les personnes présentes, filles ou garçons, n'avaient pas plus de vingt ans, ce qu'il ne s'expliquait pas.
Il se tourna vers Kaoru dans l'idée de lui poser la question puisqu'il ne recevait pas de réponse à la précédente, mais ce dernier lui fourni l'explication avant même qu'il n'ait besoin de formuler ses pensées.

-Ce que tu vois Dee, c'est un bar clandestin. Le patron est un de mes cousins, c'est comme ça que je l'ai connu. Il a ouvert il y a des années, mais personne n'en parle vraiment. Au cas où, tu comprends...

Die hocha la tête, à la fois amusé par ce nouveau surnom et impressionné par ce qu'il venait d'entendre.

-C'est illégal, alors?
-Exact. Mais l'illégalité ça te connaît, non?

Die lança un regard noir à Kaoru. Il n'avait franchement pas besoin que son ami vienne lui rappeler ce qui occupait ses pensées tous les jours et ne laissait place à aucune autre préoccupation. Surtout pas maintenant qu'il se trouvait à plusieurs dizaines de kilomètres de chez lui et qu'il n'avait absolument aucune idée de ce que pouvait être en train de trafiquer sa mère en ce moment précis...

-Et comment fait ton cousin pour échapper à la police?
-Ah, ça, je ne suis pas dans la confidence, répondit Kaoru en haussant les épaules. Alors maintenant, reprit-il d'un sourire, c'est toi qui voit. On reste ici, ou on va voir ailleurs. Tu choisis!
-A ton avis? Rétorqua l'adolescent, les mains sur les hanches.

Kaoru l'observait un instant, puis hocha la tête et claqua des mains, emporté par la joie.

-C'est génial! Trouve nous une table, je vais commander quelque chose.

Son ami s'éloigna d'un pas dynamique, ses cheveux bruns coupés court s'éparpillant dans son cou. Die regarda autour de lui d'un ½il hésitant, et s'avança en serpentant entre les tables sans trop savoir comment s'y prendre.
La musique était beaucoup trop forte à son goût, elle martelait la mesure dans sa tête de la même manière que l'aurait fait une migraine. Il marchait tête baissée, évitant maladivement les regards curieux des autres jeunes assis autour de tables serrées les unes contre les autres, curieusement mal à l'aise sans raison apparente.

Il faisait chaud dans ce bar, beaucoup trop chaud. Die avait une conscience accrue du coton de son manteau, qui lui grattait le menton et l'étouffait. Nerveux, il croisa brièvement le regard d'un inconnu et détourna immédiatement les yeux, se concentrant sur sa recherche de table libre.

En tous cas, s'il y avait bien quelque chose dont ne manquait pas le cousin de Kaoru, il s'agissait bien de clients pour remplir son bar. Plus Die avançait, plus il se demandait s'ils n'allaient pas devoir partir et revenir une autre fois.
Au fond, il aurait probablement préféré choisir cette option...

Mais à peine cette pensée eut-elle effleuré son esprit qu'une table vide se présenta à lui, à quelques mètres de là. Résigné, il franchit les derniers pas qui le séparait d'elle et s'installa sur la banquette moelleuse qui la bordait de tous côtés.
Tout en cherchant Kaoru du regard à travers la foule qui se pressait de toutes parts, il ôta son manteau en retenant un soupir de soulagement.

Enfin, de l'air!

Il avait beau se plaindre, Die aimait bien cet endroit. Il était à la fois intimiste et chaleureux, et puis il y avait tellement de monde qu'il ne craignait pas qu'on le remarque au milieu des autres.
Non, le seul problème, c'était vraiment cette musique... Et la proximité des tables. Une autre banquette était accolée dos à la sienne, et il n'osait pas regarder en arrière de peur que la personne assise là prenne ce geste comme une invitation à la discussion.

-Tu m'en diras des nouvelles! S'exclama soudain une voix connue, à sa droite.

Die sursauta violemment et sourit à son meilleur ami, qui s'asseyait en face de lui en posant deux verres sur la table noire.

-Qu'est-ce que c'est?
-Cocktail maison, recette tenue secrète par le barmaid! Mais je te garantis que ça vaut le détour.
-Et à part ça, tu comptes me faire manger quelque chose ou je vais devoir mourir de faim?
-Minute! Bois ça d'abord, détends toi, et ensuite tu auras le droit à un spectacle qui va te faire oublier ton estomac. Fais moi confiance.

Mais le grand sourire carnassier de Kaoru inspirait à Die tout sauf de la confiance. Néanmoins, décidant une fois pour toutes de laisser ses appréhensions de côté, Die glissa ses doigts autour du verre glacé et le serra dans son étreinte.
Ce soir, c'était sa soirée.
Alors il se faisait la promesse de ne rien se refuser, pour que cette unique fois où il se laisserait aller soit inoubliable.

L'alcool crépita sur sa langue comme un feu d'artifice, et lui brûla la gorge dès la première goulée. Il se fendit pourtant d'un grand sourire, comme si la satisfaction anesthésiait sa capacité de ressentir une quelconque douleur.
Car là bas, dans les tréfonds de son être, quelque chose passait. Un courant étrange, comme une connexion entre deux mondes.
Die leva les yeux vers Kaoru; leurs yeux pétillaient de la même insouciance.

-Je veux la suite du programme! Réclama l'adolescent en éclatant de rire.
-Elle ne dépend pas de moi, tu vas devoir attendre encore un peu!

Sur la banquette accolée à celle de Die, la silhouette d'un jeune homme se tourna vers lui, sûrement pour participer à cet embryon de conversation dont il venait de capter le contenu. Mais à peine eut-il le temps de prononcer un son que les lumières s'éteignirent, provoquant dans l'instant une vague d'excitation parmi la foule.
Ce fut comme un frissonnement collectif, une soudaine tension dans l'air; Die n'aurait su l'exprimer, mais il sentait que malgré le ton et le volume des voix restées identiques, quelque chose avait changé. Une attente indicible, une excitation adolescente avant l'émerveillement, les rires et les applaudissements.

Plongée dans le noir, la salle paraissait tout à coup menaçante à Die. Il tourna nerveusement des yeux aveugles vers son meilleur ami qui venait de reposer son verre et se frottait les mains avec impatience.

-Kaoru...?
-Pas de panique Dee, le taquina son ami en riant.

Die haussa les épaules, peu amusé par ce qui se passait, et sursauta violemment lorsqu'une main tapota doucement son épaule.
Il se retourna sans réfléchir, mû par un mécanisme de curiosité dont il n'eut pas le temps de réfréner l'exercice, et croisa le regard voilé d'obscurité d'un jeune homme dont le visage, bien qu'à demi invisible à cause de l'absence de luminosité, lui disait vaguement quelque chose.

-Die, c'est toi?

L'adolescent fronça les sourcils et allait répondre par l'affirmative lorsque les lumières se rallumèrent et que de grandes exclamation enthousiastes jaillirent d'un bout à l'autre de la salle.
Die plissa les yeux, agressé par le soudain afflux de lumière; mais avant qu'il ait pu poser une quelconque question, son regard fut attiré par une silhouette qui marchait à travers les tables. Blonde et longiligne, elle s'arrêtait là où on l'appelait, et distribuait de grands sourires à la ronde.

Se détournant de l'inconnu auquel il avait faillit parler moins d'une minutes auparavant, Die consulta Kaoru du regard.

-Tu m'expliques ce qu'il se passe?

Au même moment, il remarqua plusieurs autres filles dans d'autres coins de la salle, et comprit soudain la conception que se faisait Kaoru d'une « bonne soirée ».

-Kao, ne me dis pas que tu m'as amené dans un... Bordel moderne, lâcha-t-il sans parvenir à trouver l'expression adéquate.
-Mais non! C'est juste une boîte, rien de plus! On regarde mais on ne touche pas!

Dubitatif, Die ne put cependant pas obliger ses hormones à se tenir tranquille lorsqu'il posa malencontreusement les yeux sur le décolleté plongeant d'une brune penchée sur une table non loin de lui.

-J'estime quand même que me prévenir aurait été la moindre des choses, rétorqua-t-il d'une voix claire.

Mais Kaoru ne lui prêtait déjà plus aucune attention; il venait de héler une des filles, et elle s'avançait vers eux en ondulant entre les tables.
Die leva les yeux au ciel en soupirant et préféra regarder ailleurs; le spectacle de Kaoru en train de draguer une inconnue payée pour ne pas le repousser l'aurait probablement définitivement convaincu de rentrer chez lui et de se cloîtrer à vie dans sa chambre.

Il finit son cocktail en deux longues gorgées, et annonça en grommelant qu'il allait au bar se resservir; sans aucune surprise, il ne reçut pas d'autre réponse qu'un gloussement amusé qu'il ne pouvait en aucun cas attribuer à la voix de Kaoru.

Accoudé au comptoir, le menton dans une paume et l'½il vide, il planta son regard sur la rangée de bouteilles alignées derrière le bar, dans lesquelles se reflétaient les lumières tamisées du plafond.
Amusé, il constata même qu'elles lui renvoyaient son reflet déformé. Stupidement, comme tout le monde, il se mit à faire des grimaces sans se rendre compte qu'on pouvait le voir, et sursauta une nouvelle fois violemment lorsque la personne assise sur le tabouret à côté du sien lui adressa soudain la parole.

-Tu vas peut-être pouvoir me répondre, cette fois, l'apostropha-t-on d'une voix haute, afin de se faire faire entendre par-dessus la musique.

-Pardon? Fit Die en se retournant.

A côté de lui, assis sur un tabouret se trouvait un garçon blond visiblement de son âge. Fronçant les sourcils, le jeune homme se demanda s'il était sensé le connaître ou s'il cherchait simplement à engager la conversation.

-C'est moi qui t'ai demandé si tu es bien Die, tout à l'heure...
-Oh, euh...

Nerveux, Die tordit sa bouche en un sourire crispé et hocha la tête.

-En effet, c'est moi.

Le garçon assis là lui semblait vaguement familier, mais il n'aurait su dire d'où il le connaissait. Peut-être s'étaient-ils croisés au lycée?
Les traits de l'individu ne lui étaient pas inconnus, mais il ne parvenait pas à lui attribuer un nom.

-Je suis désolé, mais je ne me souviens pas qui vous êtes...
-Vraiment?

L'autre se fendit d'un grand sourire auquel Die ne répondit pas, agacé.

-On m'appelle Kyo, l'éclaira finalement son interlocuteur.

Kyo...
Ce nom éveillait vaguement quelque chose dans sa mémoire. Comme un souvenir enfoui involontairement sous des méandres d'autres.

-C'était à Kyoto, ajouta-t-il mystérieusement.

Les traits de Die s'étirèrent soudain en une expression de surprise, et une lueur de compréhension éclaira le fond de ses prunelles.

-Kyo! S'exclama-t-il d'un tout autre ton.
-Ouaip, sourit le blondinet.
-Ça fait un bail...
-Quatre ou cinq ans.
-C'est dingue qu'on se retrouve ici... Qu'est-ce que tu fais là, au fait? Tu as quitté Kyoto?
-J'ai arrêté les cours, et j'ai décidé de venir tenter ma chance ici. Mes parents n'ont fait aucune difficulté, ils savaient très bien que l'école n'est pas faite pour moi, lui expliqua-t-il en prenant le verre que le barmaid venait de poser devant lui.

Die y jeta un coup d'½il, et sourit en reconnaissant le cocktail que lui avait apporté Kaoru en début de soirée.

-Bon choix, commenta-t-il.
-Tu viens souvent ici?
-Pas du tout, c'est la première fois. Mon meilleur ami m'a traîné ici pour me sortir un peu.
-Tu ne peux jamais sortir, hein?

Ils échangèrent un long regard empli de sous-entendus. Die sentit un long frisson courir le long de son échine, et serra instinctivement ses mains moites autour du verre de rhum cola qu'il tenait depuis quelques minutes.

Comment sait-il...?
Die n'avait jamais rien raconté à personne à propos de sa mère, mis à part à Kaoru. Son meilleur ami était le seul au courant de sa vie familiale et de ses déboires. Si proche qu'il ait pu être de Kyo, ce dernier n'avait jamais rien soupçonné, et pour cause: à l'époque, sa mère se contentait de quelques piqûres de temps à autre, histoire de s'évader comme elle disait...

-Je pourrais si j'en avais envie, répondit-il en faisant de son mieux pour conserver un semblant d'assurance.
-Tu sais Die, j'avais déjà compris pour ta mère à l'époque. Alors je suppose que ça n'a pas dû s'arranger depuis.
-J'aimerais mieux ne pas en parler.
-Comme tu voudras.

Kyo but une longue gorgée de son cocktail, le regard de Die se perdit au milieu de la salle, quelque part entre les tables où les danseuses de la boîte s'évertuaient à divertir les jeunes garçons et jeunes filles en mal de sensations fortes qui leur glissaient des billets venus d'on ne sait où dans la main ou dans le costume.
Kaoru s'était levé, et parlait à l'oreille de la rouquine à l'origine du départ de Die au bar; un instant, le jeune homme se prit à l'envier de n'être pas aussi insouciant et facile à vivre.

-Tu es venu seul? S'enquit soudain Kyo, tirant Die du cours de ses pensées.
-Avec mon meilleur ami, lui répondit-il tout en se souvenant parfaitement en avoir déjà parlé moins de deux minutes auparavant. Et toi?
-J'accompagne le frère du type qui m'héberge depuis le début de l'année.

Ce disant, il esquissa du pouce un geste en direction du fond de la salle.

-On est assis juste à côté de toi, là bas. C'est une sacré coïncidence.

Die hocha la tête, le sourire aux lèvres.
Il se sentait lâcher prise de plus en plus fort, et ses mécanismes d'auto défense s'écroulaient les uns après les autres comme des châteaux de carte.
Peut-être boire autant d'alcool n'était pas une bonne idée, après tant d'années à un régime sec...

-Tu sais que tu m'étonnes beaucoup? Fit-il brutalement en rapprochant imperceptiblement son tabouret de celui de Kyo.
-De quoi tu parles? S'étonna le blond.
-Il y a cinq ans de ça, c'est moi qui t'aurais abordé dans ce bar, et toi qui aurais été réticent à l'idée de discuter avec moi.

La bouche de Kyo s'étira en un sourire, Die le prit par l'épaule et lui broya le bras de sa main droite. Au fond de ses yeux dansait une lueur dangereuse quasiment indétectable, pareille aux premières flammes d'un incendie ravageur.
Tout d'un coup, sans aucun signe avant coureur, Die redevenait l'adolescent qu'il avait été cinq ans auparavant.
Avant que tout ne bascule.

-Mais il y a cinq ans, la situation était bien différente.
-Je sais bien!

Die poussa un profond soupir, pivota sur son tabouret et, son verre à la main, se remit sur ses jambes.

-Je retourne là bas, annonça-t-il d'un geste du menton en direction du fond de la salle. On se reverra peut-être un de ces quatre.

Une expression douloureuse passa sur le visage de Kyo, qui encaissa néanmoins sans rien dire et hocha bravement la tête.

-Très bien. Bonne soirée.

Die le considéra un instant en silence, le regard troublé par l'alcool, puis se retourna sans rien ajouter, les épaules basses. Dans son dos, Kyo le suivit du regard un long moment avant de se retourner vers le bar et serrer ses mains autour du cocktail glacé auquel il n'avait toujours pas touché.

Il n'aurait su dire au juste à quoi il s'attendait. Certainement pas à une effusion de grands sentiments, ni même à une grande démonstration d'amitié... Mais il avait au moins espéré que le jour où leurs routes se croiseraient à nouveau, ils se promettraient de ne plus perdre le contact en aucun cas.
Une promesse visiblement bien illusoire, et avec laquelle il ne devrait pas compter.

Au fond, peut-être était-ce mieux ainsi.
Pas de promesses, pas d'illusions, pas d'espoirs.
Pas de souffrance inutile.
Juste cette douleur certes violente mais qu'il savait temporaire, là, quelque part en lui.

Mais il avait beau s'efforcer d'oublier le passé et d'avancer seul, il n'en restait pas moins que leurs souvenirs dessinés ensemble au fil de leurs discutions et de leur promenades en dehors de ce temple près duquel ils s'étaient rencontrés restaient accrochés à lui tels des filaments de fumée, indétectables à l'½il nu mais bel et bien présents, aussi tenaces que des sangsues.

Kyo poussa un profond soupir et porta son verre à ses lèvres, le regard percé d'un éclair de fureur.
Il se détestait lorsqu'il se laissait aller à ce genre de divagations.

-Salut, désolé pour le retard! S'exclama soudain une voix essoufflée en s'asseyant à côté de lui.

Kyo avala la gorgée d'alcool qu'il venait tout juste d'apporter dans sa bouche et sourit à son ami.

-On commençait à se demander si tu viendrais! Lui répliqua-t-il tout en lui tendant sa main afin d'échanger une brève mais chaleureuse poignée de mains.
-J'ai eu quelques complications avec un ami, s'expliqua le nouveau venu en faisant signe au barmaid qu'il voulait la même chose que le blond.

Il se passa la main dans ses cheveux brun, agacé par le léger filet de sueur qui avait coulé dans son cou et collait quelques mèches à sa peau, puis frotta ses paumes contre son vieux jean troué.

-Je m'étonne qu'on t'aie laissé entrer... Fit remarquer Kyo en fronçant les sourcils à la vue du pantalon de son ami.
-Tu devrais savoir que j'ai mes entrées partout! Rit son interlocuteur.

Il remercia d'un sourire le barmaid qui venait de lui apporter sa boisson et se leva, emportant Kyo dans son sillage parmi les tables.

-Vous vous êtes installés où? S'enquit-il en n'apercevant pas son frère parmi la foule de jeunes assis autour des tables dans la semi obscurité.

Kyo lui indiqua la table d'un geste du bras, évitant de regarder la table où Die souriait à demi en observant son meilleur ami draguer ouvertement une jeune fille seule à la table d'à côté.

Mais son ami s'arrêta soudain de marcher, et sembla hésiter un instant avant de se diriger droit vers la table de Die.
Le blond fronça les sourcils sans comprendre ce qui se passait, et après un bref instant d'hésitation, pris la décision de le suivre. Tant pis s'il se faisait rabrouer, il était curieux de savoir pourquoi son logeur semblait tout à coup accorder un certain intérêt à Die ou à Kaoru.

-Salut, Die.

Au moins, Kyo savait à présent qui son ami avait reconnu.

A la vue du jeune homme brun, Die ne chercha pas à masquer son mécontentement.

-Je croyais avoir été clair ce matin. Je t'ai demandé de me laisser tranquille.
-C'était juste un malentendu.
-Pas du tout!
-Vous vous connaissez? Intervint soudain Kyo, incapable de se retenir plus longtemps.

Die retint un mouvement de surprise en l'apercevant, mais se tourna vers Kaoru à la recherche d'un soutien qu'il n'eut que sous forme de sourire contrit.
Evidemment, son meilleur ami ne pouvait rien comprendre à la situation; ils n'étaient pas dans la même classe, pas même dans le même lycée, et ils ne se connaissaient pas encore lorsqu'il vivait à Kyoto.

-On est dans la même classe, répondit l'autre à sa place.
-Sauf qu'on ne s'était jamais parlés avant ce matin, compléta Die presque malgré lui.

Il voulait seulement qu'on le laisse tranquille...
Pourquoi, dès qu'il cherchait à s'évader un peu de sa réalité, un évènement venait immanquablement lui rappeler qu'il ne servait à rien de regarder ailleurs, puisque son monde lui reviendrait comme une bombe dès qu'il franchirait de nouveau le seuil de chez lui?

Heureusement pour lui, Kaoru vint à sa rescousse avant que les choses n'aient eu le temps de dégénérer.

-Bon, je crois qu'il va falloir qu'on parte. J'ai une faim de loup!
-Moi aussi, renchérit Die, sautant sur l'occasion.

Ils se levèrent comme un seul homme sous le regard peiné de Kyo, et amusé du brun qui l'accompagnait.

-Toshiya, ton frère nous attend, fit-il pour se donner une contenance.

Le dénommé Toshiya opina du chef, et avança la main pour saluer Die. Mais l'adolescent l'ignora royalement et le dépassa sans un mot, ni même un geste en direction de Kyo.

Oublie le, tu es ridicule... S'intima Kyo en fermant les yeux.

La musique semblait catalyser sa douleur tant elle était forte. Elle capturait chacun de ses battements de c½ur, et les diffusait avec une telle puissance qu'il ne sentait comme anesthésié.

Là bas, Die et Kaoru payèrent leurs consommations et franchirent la porte du bar.
En se retrouvant à l'air libre, Die inspira profondément. Il ne s'était même pas rendu compte à quel point ce bar l'avait oppressé avant d'en sortir, et ses poumons semblaient soulagés de retrouver enfin un air respirable.

-Je suis désolé que ça se soit passé de cette façon, s'excusa Kaoru. J'avais pensé que cette soirée serait plus facile pour toi.

Die lui en sut gré de savoir s'excuser alors qu'il ne savait même pas pour quelle raison ces deux rencontres le bouleversaient à ce point.
Il lui raconterait un jour...
Mais ce soir, il n'aspirait plus qu'un à un bon repas.

Et, malgré tout, il avait hâte de rentrer chez lui.
Il sentait au fond de lui que quelque chose avait cloché avec sa mère, et il s'inquiétait jusqu'au sang.

Pendant que Kaoru avançait d'un pas pressé vers le parking où était garée la voiture, Die inspira une nouvelle fois une goulée d'air froid et leva les yeux vers le ciel étoilé.

Un sourire forcé flottait sur ses lèvres.
Mais c'était toujours mieux que rien.

# Posté le mardi 28 octobre 2008 08:57

Boys don't cry - Chapitre 3




Les lumières et les bruits de la ville filaient derrière les vitres à toute vitesse. Les yeux tournés vers l'obscurité du ciel, la joue appuyée contre le carreau froid de la voiture et les oreilles assaillies par une musique inconnue, Die semblait plongé dans un autre monde.

N'obtenant pas de réponse à la question qu'il venait de poser, Kaoru tourna brièvement la tête vers lui, détachant son attention de la route un court instant, et fronça les sourcils.

-Tu m'écoutes ?

Soudain dérangé dans le cours de ses pensées par cette relance verbale à laquelle il ne s'attendait pas, Die sursauta et écarquilla les yeux.

-Désolé, j'étais en train de penser à autre chose. Qu'est-ce que tu disais ?
-Rien, laisse tomber, soupira Kaoru en reportant son regard sur la route aux éclairages semés à intervalles réguliers.

Die haussa les épaules et changea ses jambes de position sous le tableau de bord. Tout autour de lui, il sentait la voiture trembler pour fournir son effort. Etrangement, cette sensation l'apaisait.

Ils ne se parlèrent pas jusqu'à ce qu'ils soient arrivés devant chez Die. Le silence qui régnait entre eux semblait ne pas devoir être rompu. C'était une évidence qui les fit sourire lorsqu'ils se tournèrent l'un vers l'autre, Die la main sur la poignée de la portière, Kaoru les doigts détendus autour du levier de vitesses.

-Merci pour la sortie, fit Die en actionnant doucement la poignée.

Kaoru le gratifia d'un regard dubitatif accompagné d'un haussement de sourcils, puis secoua la tête.

-Arrête, je sais bien que ça a été un fiasco.
-Mais non... Le resto était super bon.

Les lèvres de Kaoru se retroussèrent légèrement ; ils échangèrent une ½illade significative et éclatèrent de rire presque malgré eux.

-Au moins on aura essayé, finit par déclarer Kaoru en faisant allusion à cette sortie ratée.

Die hocha la tête, conscient qu'il ne servirait à rien de faire croire à son meilleur ami qu'une soirée de ce genre aurait un jour l'occasion de se présenter à eux une nouvelle fois.
C'était la seule et l'unique, sa seule chance d'ouvrir la porte sur un monde désavoué et mystérieux auquel il n'accordait désormais plus la moindre importance.

-Bonne nuit, le salua-t-il en sortant vivement de la voiture.
-Toi aussi.

La portière claqua violemment, Die y avait mis trop de force sans même en avoir conscience.
Il faisait à présent face à la maison, frêle silhouette face à cet assemblage de briques si imposant qu'il lui semblait qu'il allait se faire gober.

Prenant sur lui pour ne pas s'enfuir en courant, Die traversa la rue sans prêter attention aux coups de klaxon de Kaoru, là derrière, qui le saluait à sa manière.
Les alentours étaient vides et silencieux, seule la lune éclairait l'allée qui menait à la porte. Il avança à pas pressés dans sa hâte de vérifier qu'aucune catastrophe ne s'était produite durant son absence, et fronça les sourcils lorsqu'il constata que la porte d'entrée était fermée à clés. Ce n'était absolument pas du genre de sa mère, elle ne pensait jamais à ce genre de choses ; et de son côté, il n'avait aucun souvenir d'avoir fait une telle chose.

A la fois étonné et inquiet, il fouilla dans ses poches pendant ce qui lui sembla durer une éternité, chaque nouvelle seconde paraissant courir à sa perte.

La porte s'ouvrit ensuite sans un bruit quand il la poussa doucement afin de ne pas réveiller sa mère au cas où elle serait restée dormir au rez-de-chaussée.
Il la referma derrière lui avec au moins autant de précautions, et avança à pas mesurés dans le hall, guettant une lumière, un murmure ou un cri.

Mais rien.
La maison était désespérément silencieuse, comme si elle cherchait à lui montrer que son absence n'avait eu aucune incidence sur le déroulement de la soirée... Comme s'il lui fallait avoir la preuve qu'il n'était rien.

Die se débarrassa de son manteau, de ses chaussures et de son sac dans le noir. Il n'osait pas actionner l'interrupteur au cas où sa mère serait en bas, et monta donc les escaliers dans l'obscurité la plus complète.
Son propre souffle résonnait à ses oreilles, aussi fort qu'un tambour. Il se savait ridicule à se faire du mauvais sang ainsi alors que rien n'indiquait qu'un problème était survenu ; néanmoins, soucieux de ne négliger aucun détail, le jeune homme préféra jeter un coup d'½il rapide dans la chambre de sa mère avant d'aller se coucher.

Il actionna la poignée avec mille précautions, se mordant les lèvres dans son effort, et plissant les yeux pour s'habituer à la nuit qui régnait en maître dans la pièce.
De longues secondes s'écoulèrent durant lesquelles il lui sembla plusieurs fois que son c½ur allait exploser dans sa poitrine tant il battait fort, mais à l'intérieur de la chambre, rien ne bougeait.
Enfin, il finit par parvenir à distinguer quelques ombres ; les meubles et le lit, et un renflement sous les couvertures indiquant qu'une personne y était allongée. Soulagé, Die s'apprêtait à aller se coucher lorsque ses pupilles accrochèrent l'éclat quasi indétectable d'une cendre encore chaude, qui brûlait sous le lit.

Il ne savait que trop bien ce que cela signifiait.

Sa mère ne dormait pas, et fumait en cachette quand il était rentré de sa soirée.

Tu m'avais promis... Ne put-il s'empêcher de lui reprocher mentalement. Promis que tu avais arrêté ces conneries.

-Maman ? L'appela-t-il doucement.

Elle bougea sous les draps, et se redressa lentement. Grâce à un rayon de lune filtrant à travers les volets mal fermés, Die put distinguer ses yeux, aux paupières plus lourdes que d'ordinaire.
Elle avait l'air stressée, et de grosses larmes avaient séchés sur ses joues.

-Maman... Souffla-t-il, empli de pitié pour elle.
-Je suis désolée, je m'inquiétais trop pour toi... J'avais peur qu'il te soit arrivé quelque chose... Qu'est-ce que je deviendrai sans toi ?

Elle baissa la tête et enfouit ses longues mains maigres dans ses cheveux dans un geste instinctif de protection qui déchira le c½ur de Die en deux.

-Tu n'as plus à t'inquiéter, je ne sortirai plus. Mais toi, tu dois aussi faire des efforts... Tu sais que tu ne t'en sortiras jamais si tu n'essaies pas de tenir bon.
-C'est trop dur ! Et puis tu n'avais pas à cacher ma drogue. Tout est de ta faute ! Cracha-t-elle soudain.

Ce brusque revirement d'humeur n'étonna pas Die, il y était tristement habitué. Faisant bonne figure devant l'hostilité de sa mère, il s'accroupit près d'elle et tira à lui le cendrier où se consumait encore le joint préparé à la hâte. L'odeur provoqua en lui un mouvement de recul, qu'il réprima tant bien que mal.

Sur le lit, sa mère sanglotait en silence, mais il ne pouvait rien faire pour elle. Il n'avait plus la force ni l'envie de la réconforter en la berçant de mensonges... Pas ce soir, en tous cas.
C'était trop.

Lentement, à reculons, presque à contrec½ur, il s'effaça dans l'obscurité, rasant les murs en évitant le regard accusateur et assassin de sa génitrice.

Le cendrier et son contenu finirent dans la poubelle de sa chambre et il se glissa sous les draps sans prendre la peine de se déshabiller, trop fatigué pour dépenser le peu d'énergie qui lui restait.

A peine sa tête eut-elle touchée l'oreiller qu'il sombrait dans un sommeil sans rêves, abandonné aux bras d'une nuit qu'il espérait la plus longue possible.


~Boys don't cry~

~Boys don't cry~


Malgré des traits tirés par la fatigue et un mal de crâne qui lui enserrait la tête comme un étau, Die se traînait péniblement jusqu'à la salle de cours. Ses paupières ne cessaient de papillonner rapidement, refusant de rester ouvertes plus de trois secondes à cause de la lumière trop crue ; en fin de compte, il avançait presque à l'aveuglette.

En s'installant à sa place derrière son bureau, il ne répondit que d'un murmure aux saluts de certains de ses camarades. Son cerveau ensablé refusait catégoriquement de carburer à plus de deux à l'heure, aussi se contenta-t-il de vagues hochements de têtes en réponse à leurs interrogations sur sa soirée de la veille.

Les yeux dans le vague et l'esprit ailleurs, il ne vit même pas qu'une silhouette élancée et malheureusement bien connue à présent s'asseyait sur le bureau à côté du sien, un large sourire malicieux éclairant son visage frais.

-Salut ! S'exclama-t-il volontairement.

Die lui lança un regard assassin et ne releva même pas son identité tant son mal de tête venait tout à coup de s'être accentué.
Une colonie de marteaux venait d'établir domicile dans son crâne, et il était bien décidé à les voir partir le plus vite possible...

C'est la dernière fois que je bois. Kaoru, tu vas m'entendre ! Rugit-il intérieurement tout en ayant parfaitement conscience qu'il était le seul fautif.

-Bonne fin de soirée, hier ?

Die daigna enfin lui accorder une attention plus vivace. Aussitôt qu'il l'eut reconnu, ses sourcils se froncèrent et il serra des poings, comme pour résister à la folle envie de lui coller une droite avant le début du cours.

-Barre toi, l'agressa-t-il sans se soucier d'être entendu de quiconque.
-Die, je suis sûr qu'on pourrait devenir amis.
-Plutôt crever !
-Tout de suite les grands mots...

Toshiya semblait au dessus de tous ces mots blessants. Le même sourire accroché aux lèvres, il l'observait d'un ½il curieux, et son apparente sincérité faillit presque désarmer Die.

-Toshiya, je ne sais pas ce que je t'ai fait, mais je te demande de me laisser tranquille. Définitivement.
-Tous ces gens m'ennuient... J'avais juste envie de faire connaissance avec toi.
-Je ne suis ni plus ni moins intéressant !
-Tes lundi matins ne sont pas du même avis...
-Mes lundi matin ne t'ont rien demandé et te prient d'aller te faire foutre.

Tremblant de fureur, Die détourna les yeux de peur de ne pouvoir se contrôler plus longtemps, tandis que Toshiya le contemplait d'un air mélancolique.

-Très bien, puisque tu le prends comme ça... Tant pis.

Sur ces paroles désolées, il se leva avec son sac et retourna s'asseoir à sa place habituelle, près du chauffage, où son groupe d'amis l'accueillit en grandes pompes, tapes dans le dos et échanges de mains à l'appui.
Die ne put s'empêcher de leur jeter un coup d'½il, leur enviant presque cette apparente décontraction, mais son attention fut rapidement détournée par l'entrée du professeur et d'un élève qu'il ne connaissait pas.

Ce dernier traversa la pièce à pas pressés, la tête rentrée dans les épaules pour se faire le plus discret possible, et s'assit non loin de Toshiya sans pour autant lever les yeux sur quiconque.

-Nous accueillons donc aujourd'hui un nouvel élève, intervint à ce moment là le professeur au milieu du brouhaha des conversations. Soyons donc gentils de lui faire visiter le lycée, et de l'aider à rattraper son retard.

Sans plus d'informations, il enchaîna sur le programme, et le cours commença comme si de rien n'était.

Comme si le monde ne venait pas de changer de face.


~Boys don't cry~

~Boys don't cry~



La bibliothèque était particulièrement calme ce midi là. Assis dans un fauteuil, un magazine étalé le plus possible devant ses yeux afin de masquer le sandwich qu'il mâchonnait malgré l'interdiction du règlement intérieur, Die attendait que l'heure passe.
C'était en apparence un midi comme un autre. Un de ces midi où le temps s'étirait au fil de ces minutes passées à ruser pour ne pas se faire attraper par la documentaliste, égayé par la lecture de quelques articles ou livres qui ne l'intéressaient pas mais qu'il venait consulter afin d'oublier sa solitude.
C'était un midi gris, où aucun sentiment ne venait s'intercaler entre les pages, parce qu'il n'était plus Die, mais un adolescent affamé et seul, sans autre souci que celui de finir son sandwich et ne pas se faire virer du local.

Après un peu plus d'une demi-heure de ce régime et alors que l'ennui commençait à se faire ressentir, un autre jeune homme fit irruption dans le local sous le regard attentif de la documentaliste.

-Bonjour, marmonna l'adolescent en lui adressant un vague signe de tête.

Il balaya l'espace d'un rapide coup d'½il et avisa la place libre la plus proche ; en face de Die, qui se serait bien passé de cette intrusion dans son monde bien rangé.

Le jeune homme se rendit soudain compte que le nouveau venu n'était autre que ce garçon qui était arrivé ce matin dans la classe. Il l'observa un court instant, agacé par sa seule présence, et se cala encore plus profondément dans son fauteuil pour mieux masquer son sandwich presque terminé.

L'autre s'installa le plus discrètement possible, mais c'était déjà trop pour Die qui s'était d'ores et déjà braqué. Il soupira, tourna nerveusement une page du magazine qu'il ne lisait plus que d'un ½il peu intéressé et jeta un nouveau regard en coin au jeune homme qui avait sorti un livre de poche de son sac et lisait d'un air concentré.
Curieux malgré lui, il pencha légèrement la tête pour voir le titre inscrit sur la tranche, mais les doigts de l'adolescent masquaient la plupart des kanji.

Au même moment, son vis-à-vis leva les yeux et leurs regards se rencontrèrent pour la première fois.
Mal à l'aise, Die esquissa un sourire gêné et détourna tout de suite les pupilles, ce qui n'était pourtant pas du tout son genre.

Il ne se sentait plus d'attaque pour rester ici... Trop de tension dans l'air.
Die se leva rapidement, dissimulant à la hâte son sandwich dans son sac, et rangea le magazine dans le bac à côté de son camarade.

-Excuse-moi...

Une voix inconnue s'éleva soudain juste à côté de lui ; il ne pouvait décemment pas l'ignorer et faire comme s'il n'avait rien entendu, aussi se tourna-t-il d'un air étonné vers le rouquin qui avait baissé son livre sur ses genoux et posait sur lui un regard déstabilisant de sérénité.

-Est-ce que tu sais à quelle heure reprennent les cours ?
-Quatorze heures.
-Pour toutes les classes ?
-Normalement. Sauf si un professeur est absent.
-Ok, très bien. Merci.

Le jeune homme lui adressa un léger sourire de remerciement auquel Die répondit obligeamment.
Avant même qu'il s'en rende compte, le brun était sorti de la bibliothèque et se dirigeait instinctivement vers la salle de classe.

Que lui arrivait-il ?


~Boys don't cry~

~Boys don't cry~


Et les semaines passèrent de nouveau. Longues, répétitives et angoissantes. Les jours se succédaient les uns après les autres dans un même ballet macabre dont les pas étaient orchestrés avec une laide majesté par une dépendance incontrôlable et incontrôlée.
Les regards se faisaient vides, les conversations creuses et sans but. Ou peut-être en avait-il toujours été ainsi ?

Les longs soirs de week end se firent plus durs encore que d'habitude.
Nuits interminables où l'enfant retenait sa mère prisonnière entre ses bras, la berçait lors de ses éternelles crises de larmes, et fermait les yeux sur l'obscurité en imaginant que le soleil brillait fort, au cas où tout ça n'ait été qu'un rêve.
Un long tunnel d'agonie sans fin, où nulle souffrance physique ne venait apaiser celle, encore plus insupportable, du psychisme.
Une mort lente mais programmée, lisible sur chacun des muscles presque apparents d'une silhouette fantomatique qui se traînait de pièce en pièce toute la journée, ayant depuis longtemps perdu l'envie de donner l'illusion de mener une vie normale.

Die sombrait, lentement mais sûrement. Il perdait le goût de tout, et en venait parfois à se laisser tenter par l'idée de, lui aussi, essayer autre chose. Vivre une autre vie dans un autre monde, celui farineux d'une poudre miraculeuse qu'aucun rêve ne pourrait lui rendre plus palpable.

Mais il lui suffisait de poser les yeux sur sa mère, de la voir esquisser un semblant de sourire en écartant péniblement ses lèvres écharnées, et la raison lui revenait, pesant aussi lourd dans sa tête qu'une boule de bowling.

Il ne parlait plus à personne, ne répondait plus aux saluts, encore moins aux questions. Seul Kaoru pouvait trouver grâce à ses yeux... Parfois.

C'était une de ces journées interminables. Un jour où le temps n'était ni bon ni mauvais, où le sommeil n'avait pas apaisé sa fatigue, et où la monotonie du contenu du cours l'empêchait d'avoir l'esprit tout à fait clair et prompt à la réflexion.

Die jouait nerveusement avec son crayon à papier, le menton enfoui dans la paume de sa main, et la tête tournée à intervalles réguliers vers l'extérieur. Sous la table, sa jambe s'agitait toute seule, réflexe dû au trop grand stress qu'il subissait quotidiennement dans la maison familiale.

Le cours avait commencé depuis un quart d'heure à présent. Die n'écoutait que d'une oreille distraite, guettant simplement l'instant où quelque chose d'intéressant le forcerait à sortir de ce marasme dans lequel il s'était enfoncé et le pousserait à prendre quelques notes sur le sujet, lorsqu'un mot capta plus particulièrement son attention... Puis deux... Pour enfin former une phrase qui le fit lever les yeux au ciel.

-Je vais vous demander de faire un exposé sur la seconde guerre mondiale, essayez de vous montrer créatifs je n'ai aucune envie de subir un exposé de vingt minutes sur les raisons de la guerre ou les camps de concentration. Un travail en duo, trio au maximum. Temps de parole égal, charge de travail égale... Je vous laisse trois semaines pour travailler, vous passerez tous au tableau alors préparez vous bien. Les trois quart d'heure qui arrivent seront consacrés à ce travail, constituez vos groupes et soumettez moi vos sujets à la fin de l'heure.

Un ange passa, durant lequel les élèves s'observèrent sans oser réagir ; la vie remonta à leur visage à l'instant où leur professeur s'assit derrière son bureau, et cessa de leur prêter attention pour compiler des feuilles couvertes d'écritures diverses et variées.

Die détestait ce genre d'initiative. Parler en public ne lui posait aucun problème, il n'était pas du genre timide... Mais cette fois, il devrait travailler avec quelqu'un.
Super.
Les rares personnes avec lesquelles il s'entendait à peu près bien, faisaient déjà partie d'un groupe, et il savait très bien qu'il serait le dernier sur la liste.
Si seulement Kaoru était là...

Résigné, l'adolescent se redressa sur sa chaise et, tout en s'étirant, se pencha ostensiblement en arrière.
Il n'avait pas vraiment d'autre solution.

-Salut... Commença-t-il en ramenant son corps dans une position plus confortable.

Le jeune homme assis au bureau juste derrière le sien lui répondit d'un sourire amical mais distant.
Il s'agissait du nouveau.

-Tu es seul ?
-Oui.
-Moi aussi. Ça ne te gênerait pas de faire équipe avec moi ?
-Pas de problèmes, accepta son camarade en haussant les épaules.
-Cool.

Comme c'était facile, de faire semblant. Il lui suffisait de penser à autre chose, de se replonger dans la vie qu'il menait cinq ans auparavant, à Kyoto et sans drogue, et le voilà qui recouvrait cette personnalité qui lui avait jadis collé à la peau, et qui avait une forte tendance à lui manquer à présent qu'il n'avait plus le temps ni l'envie de l'endosser.

Die fit pivoter sa chaise et reprit son crayon à papier afin de s'occuper les doigts.

-Si tu as une idée de sujet d'exposé, exprime toi... Commença-t-il pour dérider l'atmosphère.
-Je suis nul en exposés, désolé.
-Moi aussi, mentit effrontément le jeune homme.

Rituel immuable où chacun se déprécie pour ne pas se jauger, et prendre la mesure de la sympathie potentielle qu'ils pourraient éprouver l'un pour l'autre.

-Mais on a trois semaines, alors ça devrait être faisable.
-Bien sûr.
-En attendant, on doit lui rendre une idée à la fin de l'heure.
-Mh.

Pas d'animosité dans le regard du nouveau ; juste une froideur intrigante, un je-ne-sais-quoi de distance et de charisme qui faisaient toute la différence.

Immédiatement, Die ne put s'empêcher de faire le parallèle avec une autre personne. Quelqu'un qui avait compté énormément pour lui... Et continuait, malgré ce qu'il laissait croire, à compter.
Quelqu'un qu'il avait relégué parmi ses souvenirs jusqu'à encore quelques jours auparavant, parce qu'il valait mieux tirer un trait sur le passé et faire abstraction de toutes ces douleurs insupportables.
Kyo.

-Au fait, tu t'appelles...?
-Shinya Terachi.
-Ok, moi c'est Die Andou.
-Die ? Répéta Shinya en retroussant légèrement ses lèvres en un sourire timide, visiblement amusé par ce prénom pour le moins original.
-Enfin je m'appelle Daisuke mais tout le monde m'appelle Die. Alors je suis Die.
-D'accord.

De silences en tentatives de recherches de sujet, les minutes s'enfilèrent les unes après les autres jusqu'à former une heure presque complète. La sonnerie annonçant la fin du cours retentit dans tout l'établissement, Die reposa son crayon et contempla d'un air satisfait les quelques lignes de notes qu'il avait prises au fil de leur conversation.

-A plus, salua-t-il Shinya en fourrant pêle-mêle ses affaires dans son sac.

Sans un mot ou geste de plus, il s'éloigna en direction du bureau du professeur où il attendit patiemment son tour.

-T'étais pas obligé de partir comme un voleur, l'accusa gentiment Shinya en s'arrêtant à ses côtés.

Interloqué, Die le considéra un instant sans trouver ses mots, puis secoua la tête et rit doucement.

-Désolé, c'est une mauvaise habitude que j'ai prise.
-Y'a pas de mal. En fait je voulais juste te prévenir que je ne serais pas en cours la semaine prochaine. Donc pour travailler l'exposé, ce sera compliqué... Il faudrait qu'on puisse se voir en dehors.

Etonnant comme moins d'une heure passée ensemble avait délié la langue de Shinya...

-Il nous restera encore deux semaines, on aura largement le temps, rétorqua immédiatement Die.

Il n'était absolument pas question qu'ils se retrouvent chez lui pour travailler, l'idée était totalement exclue. Avec sa mère qui rôdait dans les parages, et les risques qu'elle profite de la présence de quelqu'un d'autre pour qu'elle se laisse aller à la provocation ou quoi que ce soit d'autre... Il en était absolument hors de question.

Shinya haussa les sourcils, et Die lut dans ses yeux qu'il avait parfaitement compris le sens de son refus.

-Très bien.

Guindé et droit comme un i, presque drapé dans sa dignité, Shinya s'éloigna d'un pas pressé, disparaissant comme une ombre dans le couloir noir de monde.

-Sujet ?

Brusquement détourné du cours de ses pensées, Die sursauta sans comprendre ce qui lui arrivait.

-Pardon ?
-Votre sujet, Andou. Et votre binôme, au passage.
- Oui, excusez-moi... Je suis avec Shinya Terachi. Nous avons choisi l'anthropophagie durant la seconde guerre mondiale.

Sans faire de commentaire mais haussant cependant des sourcils surpris, le professeur rapporta les paroles de Die sur une fiche, et le jeune homme sortit de la salle de cours, les doigts crispés autour de la lanière de son sac à dos.


~Boys don't cry~

~Boys don't cry~


Il faisait froid, mais Kyo ne sentait rien à force de tourner en rond comme un lion en cage. Mains dans les poches et regard fuyant à l'horizon, il attendait ainsi depuis de trop longues minutes.

Il avait longuement hésité avant de venir. Ces quelques semaines passées depuis la rencontre avec Die dans le bar n'avaient été emplies que par ses hésitations, ses doutes et ses réticences. Au lieu de vivre sa vie comme il en avait pris l'habitude, chacune de ses pensées avaient été dirigées vers cette maison.
Il était devenu carrément obsédé par l'idée de venir ici, revoir Die, lui parler, s'expliquer avec lui...
Chaque seconde ou presque était devenue un déchirement tant il savait à quel point il risquait d'être mal reçu en venant sans se faire annoncer.

Mais s'il n'avait pas franchi le pas, il l'aurait regretté toute sa vie et le restant de ses jours se serait écoulé avec cette interrogation, cet espoir... Ce qui se serait passé s'il était venu.

Alors me voilà, conclut mentalement Kyo en enfonçant un peu plus ses poings dans ses poches.

Le blond s'était préparé des heures durant pour savoir ce qu'il allait dire à Die lorsqu'ils se verraient. Un discours particulièrement élaboré reposait sagement dans un coin de son esprit, prêt à surgir au bon moment, mais il ne s'était pas attendu au soudain afflux de stress qui le submergea à l'instant où Die tourna le coin de la rue.

Il s'immobilisa sur place, paralysé par les regrets, et se sentit fondre sur place malgré le froid et le vent.

-Kyo ? L'appela Die depuis l'autre bout de la rue.

L'adolescent hocha simplement la tête, tous ses mots savamment préparés tout à coup envolés, partis en fumée.
Black out total.

-Qu'est-ce que tu fais ici ? Enchaîna le brun en arrivant à sa hauteur, la mâchoire barrée par une grimace mécontente, et les yeux étincelants d'un éclat dangereux.
-Je voulais juste qu'on parle, s'expliqua Kyo en s'efforçant tant bien que mal de tenir tête à Die.
-Il n'y a rien à dire...
-Dans ce cas là, laisse-moi prendre la parole et contente toi d'écouter.
-Je suis fatigué Kyo. Je veux juste rentrer chez moi, se défila Die.

Il dépassa son ami et emprunta d'un pas décidé l'allée qui s'étendait derrière le blond.

-Très bien, puisque c'est comme ça, tu ne me laisses pas le choix ! S'exclama ce dernier, la fureur bouillonnant dans ses veines anesthésiant chez lui tout sens commun.

Die se tourna vers lui sans comprendre, réajusta nerveusement la sangle de son sac sur son épaule, et croisa les bras sur sa poitrine, provocateur.

-Dépêche toi, je n'ai pas toute la soirée devant moi, ajouta-t-il avec un sourire ironique.

Il devait rentrer chez lui, et vite. On était vendredi... C'était toujours un jour critique. Le dernier jour avant le week end, les dernières doses de drogue, les dernières heures de calme avant la tempête de ces soixante-douze heures sans aucun répit.
Il n'avait franchement pas de temps à perdre en discutions creuses et stériles.

-Ne t'inquiètes pas, ça va être rapide ! Rétorqua Kyo en s'éloignant déjà d'un pas.

Son c½ur battait la chamade, mais il se devait d'aller au bout.
Une fois pour toute, se libérer de ce qui pesait tant sur son c½ur. Eclairer ses journées et oublier.
Enfin.

-Je t'ai aimé, Die. Pendant ces cinq années, si tu veux savoir. Tu n'étais pas là, tu te reconstruisais une vie ailleurs, tu m'enfouissais parmi tes souvenirs... Et moi j'étais amoureux de toi.

Abasourdi, le brun ne bougea pas un cil. Il demeura immobile, raide comme un piquet, sous le choc de cette confession inattendue dont il se serait bien passée.

-Ok.

Il hocha la tête, le cerveau embrumé et les pensées floutées comme à travers un filtre opaque, et ferma les yeux.

-Je... Je suis désolé. J'aurais aimé partager tes sentiments mais... commença-t-il maladroitement.
-Laisse tomber Die, je ne m'attendais pas à autre chose.

Mensonges...
Mais mieux valait garder la face. Conserver un semblant de dignité.

-Je voulais juste que tu le saches. J'avais besoin de te le dire pour passer à autre chose.
-Je comprends.
-J'espère qu'on pourra redevenir amis.
-Je ne peux rien te promettre.

Die jeta nerveusement un regard par-dessus son épaule, incapable de retenir plus longtemps ce réflexe qui n'échappa pas à Kyo.

-Bon, j'y vais. Tu connais mon numéro de portable, il n'a pas changé depuis toutes ces années. A plus, le salua ce dernier sans faire un seul geste.
-C'est ça.

Die tourna sans attendre le dos au blond, parfaitement conscient d'agir comme un vrai salaud mais dans l'incapacité totale de faire autrement.

Une fois à l'abri chez lui, les mains tremblantes et moites, il s'adossa contre la porte d'entrée, les yeux fermés.
Il frappa à plusieurs reprises le dos de sa tête contre la porte, se maudissant pour n'avoir pas sut réagir d'une meilleure façon, et maudissant Kyo pour lui porter de tels sentiments. Ils ne s'étaient rien promis, les choses avaient pourtant été claires dès le début entre eux... Jamais il n'aurait cru que leur courte aventure puisse porter à conséquences un jour ou l'autre.

Finalement, il abandonna ses affaires près du porte manteau et se dirigea vers la cuisine d'un pas lourd, aussi lourd que son c½ur et sa tête.

-Maman ? Appela-t-il à travers les pièces.

Son appel se répercuta entre les murs, tel un son de cloche sonnant dans le vide.

La peur et l'inquiétude se dessina soudain sur ses traits ; Il courut en un éclair à travers toute la maison, le souffle court et la tête battant d'une sourde angoisse.

-Maman ! Cria-t-il.

Aucune réponse ne recueillit ses craintes.
Ça y est.
C'était arrivé.

Un jour ou l'autre, fatalement, il devait en être ainsi... Mais Die aurait voulu pouvoir reculer l'échéance indéfiniment.

Il s'arrêta en haut des escaliers, les poumons sur le point d'éclater, et se donna un instant pour réfléchir sur la voie à suivre.
Il ne connaissait aucun lieu où se réunissaient les dealers, sa mère s'était contentée de le mettre en contact avec celui qui la fournissait lorsqu'elle se droguait encore en cachette.
Par contre, il connaissait quelqu'un qui pourrait l'aider...
Quelqu'un qui tenait à lui et serait probablement prêt à l'aider s'il le lui demandait.

Il se rua dans sa chambre, fouillant avec l'énergie du désespoir dans ses vieilles affaires, se creusant avec angoisse l'esprit pour se souvenir de l'endroit où il aurait pu mettre ce vieil agenda, jusqu'à ce qu'il sente sous ses doigts la couverture rigide et les spirales qui maintenaient les feuillets de ce vieux trésor.

Die tapa précipitamment le numéro, ses dents mordant violemment ses lèvres pour évacuer un minimum du stress immense qui l'habitait en cet instant.
Fébrile, il fit les cent pas dans sa chambre pendant que les sonneries s'égrenaient à son oreille.

Réponds... Putain réponds !!


-Allô ?
-Kyo, il faut que tu m'aides, je t'en supplie !
-Die ?
-Ma mère a disparu, il faut absolument que tu m'aides à la retrouver... Je ne sais pas ce qui pourrait arriver...

Il lança un coup de poing rageur dans son lit, s'y assit puis se remit debout.

-Surtout, ne bouge pas, lui conseilla calmement Kyo. J'arrive tout de suite. Tu ne bouges pas, d'accord ? Répéta-t-il afin d'être certain que Die l'ait compris.
-C'est bon ! S'impatienta ce dernier. Dépêche-toi, ajouta-t-il d'une petite voix.
-Promis.

La conversation fut coupée et Die s'étala lamentablement sur son lit, les bras en croix.

Dépêche-toi...



A suivre...



# Posté le mardi 28 octobre 2008 09:02